Le festival d’humour né à Casablanca confirme ses ambitions internationales en exportant son concept et ses talents au-delà des frontières du Royaume. Après avoir conquis le public local, l’événement vient de réussir deux étapes majeures de sa tournée mondiale à Paris et Bruxelles, s’affirmant comme un nouveau vecteur d’influence culturelle pour le Maroc auprès de sa diaspora et du public francophone.
De Casablanca à l’Olympia : La stratégie de l’export
Un pari audacieux né à Casablanca
Lancé en 2023 sous l’impulsion de l’agence Tendansia, co-fondée par Saad Lahjouji Idrissi et Myriam Bouayad, Comediablanca s’est construit sur un constat simple : l’offre culturelle en matière de stand-up au Maroc restait insuffisante malgré son vivier artistique exceptionnel. Contrairement à d’autres événements majeurs comme le Marrakech du Rire, souvent perçus comme des productions importées, ce festival a été pensé dès le départ comme une plateforme locale, enracinée dans la dynamique culturelle de Casablanca. En seulement deux éditions, le concept a prouvé sa pertinence en attirant plus de 11 000 spectateurs cumulés. Cette adhésion rapide a permis aux organisateurs de valider leur modèle et d’envisager immédiatement l’étape suivante : l’exportation du label à l’international pour toucher la vaste diaspora marocaine.
Paris et Bruxelles, étapes de la consécration
La stratégie d’internationalisation a connu son premier test grandeur nature le 22 décembre 2025. Pour cette première date hors du sol marocain, les organisateurs ont visé haut en investissant l’Olympia, salle mythique du boulevard des Capucines. Le pari s’est avéré payant : la soirée s’est jouée à guichets fermés devant 2 000 spectateurs. L’élan s’est poursuivi en ce début d’année 2026. Le 2 février dernier, la troupe a posé ses valises au Cirque Royal de Bruxelles, confirmant l’attractivité du format auprès du public belge. Ces deux dates ne sont que les prémices d’une tournée ambitieuse qui doit mener Comediablanca à Abidjan, Montréal en mai prochain, puis à Marseille et Taghazout Bay, avant un retour aux sources à Casablanca.
Une programmation hybride : Codes locaux, rire global
Gad Elmaleh, la « locomotive » bienveillante
Pour remplir des salles aussi prestigieuses que l’Olympia ou le Cirque Royal, le festival a su s’appuyer sur une figure tutélaire incontournable : Gad Elmaleh. Cependant, son rôle a été défini avec précision pour ne pas éclipser l’essence même du projet. L’humoriste ne se positionne ni comme un parrain officiel, ni comme la star unique du show, mais plutôt comme un « grand frère » et un conseiller technique pour la jeune garde. Si sa présence sur l’affiche sert indéniablement de moteur commercial pour garantir le remplissage des salles, sa performance sur scène est pensée pour s’intégrer au collectif. Il assure le lien entre les générations et valide, par sa présence, la qualité du plateau proposé, offrant aux artistes émergents une exposition inespérée.
La nouvelle garde à l’assaut de la diaspora
La véritable force de Comediablanca réside dans la diversité de son « line-up », conçu pour balayer large et parler à toutes les sensibilités de la diaspora. Orchestrée par Oualas, maître de cérémonie efficace, la programmation met en lumière des profils variés comme Mimo Lazrak, Jalil Tijani, Meryem Benoua, Ethan Lallouz, Sarah Lele ou encore John Sulo. Les sketchs naviguent habilement entre les références purement marocaines et les expériences de vie en Europe, abordant des thèmes comme la double culture, le retour au « bled » ou les dynamiques familiales. Cette alchimie permet de créer une connexion immédiate avec le public des MRE (Marocains Résidant à l’Étranger), qui se reconnaît dans cette identité marocaine plurielle. L’humour devient ici un langage commun, capable de transcender les différences générationnelles et géographiques.
Diplomatie du rire et Soft Power
Fédérer au-delà des frontières
Au-delà de la simple performance artistique, les soirées organisées par Comediablanca prennent une dimension communautaire forte. À Paris comme à Bruxelles, l’ambiance dans la salle a souvent viré à la communion patriotique, marquée par des drapeaux brandis et l’hymne national repris en chœur par le public. Le festival réussit le tour de force de transformer un spectacle d’humour en un lieu de rassemblement identitaire joyeux et inclusif. Il offre à la diaspora un espace pour célébrer sa marocanité avec fierté, tout en restant ouvert aux spectateurs d’autres horizons, curieux de découvrir cette vitalité culturelle. C’est un espace d’échange où les barrières tombent, illustrant la capacité du rire à « briser la glace » et à renforcer le sentiment d’appartenance.
Une vitrine institutionnelle assumée
Ce potentiel de « Soft Power » n’a pas échappé aux autorités marocaines, qui apportent un soutien visible à l’initiative. La présence de Samira Sitaïl, ambassadrice du Royaume à Paris, lors de la date de l’Olympia, et celle de Mohamed Ameur à Bruxelles, témoignent de l’importance accordée à ce type d’événements dans la diplomatie culturelle du pays. Le festival bénéficie également de l’appui du Ministère des Affaires Étrangères, de la Coopération Africaine et des MRE, ainsi que de l’Office National Marocain du Tourisme (ONMT). Ces institutions voient en Comediablanca un véhicule moderne et dynamique pour promouvoir l’image d’un Maroc créatif, ouvert et décomplexé. L’humour est ici élevé au rang d’outil diplomatique, capable de véhiculer les valeurs de dialogue et de convivialité chères au Royaume sur la scène internationale.

