L’historien Mohamed Nabil Mouline et le créateur de contenu Mustapha El Fekkak, plus connu sous le nom de Swinga, ont lancé une initiative inédite de financement participatif pour produire « Empreinte du patrimoine », une série documentaire dédiée à l’histoire du Maroc. Ce projet de crowdfunding vise à mobiliser la société civile pour soutenir une production audiovisuelle de haute qualité, alliant la rigueur de la recherche scientifique à l’efficacité des formats numériques modernes. En s’affranchissant des circuits de financement traditionnels, les deux auteurs cherchent à garantir une indépendance totale dans le traitement des faits historiques tout en offrant un accès gratuit à cette connaissance pour le plus grand nombre.
L’alliance de la rigueur et de la vulgarisation
Le projet repose sur une collaboration étroite entre deux mondes souvent cloisonnés : celui de la recherche académique et celui du digital. Mohamed Nabil Mouline apporte son expertise d’historien et de chercheur, tandis que Swinga met à profit son savoir-faire en narration visuelle acquis avec sa plateforme « Aji Tfham ». Cette synergie permet de transformer des données historiques denses et complexes en récits fluides et compréhensibles. L’enjeu est de sortir l’histoire des bibliothèques et des cercles d’initiés pour la porter sur les écrans de la jeunesse marocaine, très consommatrice de vidéos sur les réseaux sociaux.
L’indépendance de la recherche est au cœur de cette démarche. En sollicitant directement le public via l’appel au financement participatif lancé par les deux porteurs du projet, les auteurs évitent les pressions potentielles ou les contraintes éditoriales que pourraient imposer des financeurs institutionnels ou privés. Cette liberté permet d’aborder l’histoire du Maroc sous un angle factuel, sans concession, en s’appuyant uniquement sur des preuves archéologiques, des manuscrits et des archives vérifiées. Pour les auteurs, le crowdfunding est l’outil qui permet de placer la science au-dessus des impératifs commerciaux ou idéologiques.
Le crowdfunding comme levier de souveraineté culturelle
Le mécanisme de l’appel aux dons pour « Empreinte du patrimoine » s’inscrit dans une tendance mondiale de financement par la communauté, mais il prend une dimension particulière dans le contexte marocain. Les fonds récoltés sont destinés à couvrir des coûts de production élevés, nécessaires pour rivaliser avec les standards internationaux. La série ne se limite pas à des interviews : elle intègre des reconstitutions en animation 3D, des prises de vue aériennes et un travail méticuleux de colorimétrie et de post-production. Chaque épisode nécessite des mois de recherche préparatoire pour assurer l’exactitude des décors et des costumes représentés à l’écran.
L’utilisation de la 3D est d’ailleurs un point central de la stratégie technique de Swinga. Elle permet de redonner vie à des monuments disparus ou de visualiser l’évolution urbanistique des cités impériales à travers les siècles, illustrant ainsi l’efficacité des formats numériques modernes. Ce recours à la technologie n’est pas un simple artifice esthétique : il sert de support pédagogique pour aider le spectateur à spatialiser les événements historiques. Le financement participatif assure ainsi la pérennité d’un outil de transmission qui valorise le patrimoine matériel et immatériel du pays avec une précision quasi chirurgicale.
Un impact au-delà du divertissement
La soif de transmission constatée lors du lancement du premier épisode, consacré au mausolée de Moulay Idriss, confirme l’attente du public. En quelques jours, les retours massifs ont souligné le besoin d’une narration historique qui ne soit ni de la propagande ni du simple divertissement superficiel. Le projet « Empreinte du patrimoine » répond à une demande de réappropriation de la mémoire collective par les citoyens eux-mêmes. En devenant contributeurs, les Marocains ne sont plus de simples spectateurs passifs, mais des acteurs de la sauvegarde de l’héritage culturel.
Cette initiative pourrait bien marquer le début d’une institutionnalisation de la vulgarisation historique au Maroc. Si le modèle économique du crowdfunding s’avère viable sur le long terme pour ce type de contenu, il ouvrira la voie à d’autres chercheurs et créateurs. L’objectif final reste la constitution d’une bibliothèque numérique de référence, capable de servir de support éducatif aussi bien dans les foyers que dans les établissements scolaires. À travers ce projet, l’histoire devient un bien commun, financé par la communauté pour la communauté.

