Sara Moullablad a dévoilé le 6 février 2026 son nouveau single intitulé « Twehechtek », marquant le premier chapitre d’un cycle de trois titres prévus pour son prochain EP. Ce morceau, dont le titre signifie « Tu m’as manqué » en darija, explore les thématiques de l’absence et du souvenir à travers une esthétique sonore hybride mêlant influences brésiliennes et jazz. Porté par un clip cinématographique tourné dans les rues de Casablanca, le projet confirme la place singulière de l’artiste au sein de la nouvelle scène alternative marocaine.
Un dialogue entre absence et mémoire urbaine
Le texte de « Twehechtek » repose sur une économie de mots volontaire, où la répétition du sentiment de manque devient le moteur de la composition. Sara Moullablad y dépeint une introspection vulnérable, transformant une émotion personnelle en une expérience universelle. Cette simplicité lyrique permet à l’auditeur de se projeter dans le vide laissé par l’autre, sans fioritures poétiques excessives, privilégiant l’authenticité de l’émotion brute.
Pour illustrer cette mélancolie, l’artiste a confié la réalisation du clip à Reda Lahmouid. Le visuel plonge le spectateur dans un Casablanca nocturne et désert, loin des clichés de la métropole bouillonnante. L’errance urbaine est mise en scène à travers une lumière tamisée et des plans larges qui accentuent le sentiment de solitude. La présence de l’acteur Ayoub Gretaa aux côtés de Sara Moullablad enrichit la narration, créant un jeu de miroirs entre le souvenir d’une complicité passée et la réalité d’un présent solitaire. Cette esthétique cinématographique sert de prolongement visuel à la musique, renforçant l’idée d’un temps suspendu.
La fusion « Maroco-Bossa » : l’identité sonore de Moullablad
Sur le plan musical, « Twehechtek » se distingue par une prise de risque technique notable. Sara Moullablad y déploie ce que l’on pourrait qualifier de fusion « Maroco-Bossa », où les structures rythmiques de la bossa nova et les harmonies du jazz s’entrelacent avec des mélodies typiquement marocaines. L’utilisation de la darija sur une instrumentation aussi feutrée crée un contraste saisissant, offrant une nouvelle texture au dialecte marocain qui s’éloigne des productions pop urbaines standards.
Ce premier titre ne se contente pas d’être un morceau isolé ; il définit la direction artistique globale de l’EP à venir en 2026. Selon l’annonce officielle du single « Twehechtek », l’artiste y affirme son goût pour les arrangements organiques et les ambiances acoustiques. En intégrant des instruments réels et en soignant la profondeur des basses, elle propose une musique de salon moderne, capable de s’exporter au-delà des frontières du Royaume. Cette maturité sonore témoigne d’un travail de composition méticuleux visant à asseoir une identité vocale reconnaissable dès les premières notes.
De la finance au Caire : la trajectoire d’une artiste affranchie
Le parcours de Sara Moullablad explique en grande partie la richesse de ses influences. Ancienne cadre dans le secteur de la finance à Casablanca, elle a opéré une rupture radicale avec le monde de l’entreprise pour se consacrer pleinement à sa passion. Ce virage de vie apporte à ses textes une certaine forme de sagesse et de recul sur les ambitions sociales. Son installation au Caire, après une résidence artistique marquante, a été le catalyseur de sa transformation. En Égypte, elle a su s’imprégner de la dynamique créative locale, collaborant notamment avec le groupe emblématique Cairokee.
Cette expérience de l’exil créatif a permis à l’artiste de polir son style. Sa collaboration sur le titre « Ya Denya » avait déjà révélé son potentiel, mais avec « Twehechtek », elle s’affirme comme une interprète capable de porter ses propres projets de bout en bout. Aujourd’hui, Sara Moullablad s’impose comme une voix incontournable de la scène alternative émergente, faisant le pont entre l’héritage mélodique de l’Afrique du Nord et les courants musicaux globaux. Sa trajectoire illustre la vitalité d’une génération d’artistes marocains qui n’hésitent plus à briser les barrières géographiques et stylistiques pour exister.

