Mexique : la culture marocaine à l’honneur

La deuxième édition de la Semaine culturelle du Maroc au Mexique s’est achevée le 31 janvier 2026, marquant la fin d’un périple artistique et institutionnel débuté une semaine plus tôt dans la capitale fédérale. Organisée par l’ambassade du Maroc à Mexico, en partenariat avec le ministère du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire ainsi que la Chambre de l’artisanat de la région Rabat-Salé-Kénitra, cette manifestation itinérante a traversé plusieurs États mexicains pour promouvoir le patrimoine immatériel du Royaume. L’événement, qui a mobilisé une importante délégation d’artisans et d’artistes, s’inscrit dans une stratégie de renforcement des liens bilatéraux par le levier de la culture, touchant un public diversifié allant des responsables politiques locaux aux visiteurs des festivals régionaux.

Un itinéraire stratégique de Mexico à l’État de Sonora

Le coup d’envoi de cette manifestation a été donné le 23 janvier à Mexico City. Le choix de lancer les festivités dans la capitale politique répond à une logique diplomatique claire : asseoir la visibilité institutionnelle du Royaume auprès des instances fédérales mexicaines. La cérémonie d’ouverture a rassemblé un parterre de personnalités issues des sphères diplomatiques, culturelles et sportives, posant les bases d’un dialogue interculturel soutenu. Cette première étape a permis de présenter les grands axes de la culture marocaine à travers des expositions photographiques et des démonstrations artisanales, créant un point de contact direct avec le public de la métropole.

Après la capitale, la délégation marocaine a mis le cap sur le sud-est du pays, faisant escale à Villahermosa, chef-lieu de l’État de Tabasco. Cette étape intermédiaire revêt une dimension symbolique forte, illustrant la volonté de décentraliser l’action culturelle marocaine au-delà des grands centres de décision habituels. Sur place, l’accueil réservé par le gouverneur de l’État, Javier May Rodríguez, et le maire de la ville a témoigné de l’intérêt local pour ce type d’échanges. L’ambassadeur du Maroc, Abdelfattah Lebbar, a qualifié cette escale de moment de partage, soulignant l’ambition d’apporter « une part de l’âme du Maroc » dans cette région tropicale. Les similitudes sociologiques, notamment l’importance de l’hospitalité et des traditions familiales, ont servi de socle commun pour faciliter l’interaction entre les représentants marocains et la population locale.

L’artisanat et le patrimoine comme vecteurs de dialogue

Au cœur du dispositif déployé durant cette semaine, l’artisanat d’art a occupé une place centrale, non seulement comme vitrine esthétique, mais comme témoin d’un savoir-faire ancestral structuré. La participation de la Chambre de l’artisanat de la région Rabat-Salé-Kénitra a permis de mettre en lumière des métiers techniques tels que le zellige, dont la complexité géométrique suscite un intérêt technique et artistique particulier à l’international. Abderrahim Zemzami, président de la Chambre, a insisté sur le rôle des artisans comme gardiens d’un héritage vivant, rappelant que ces produits sont le fruit d’une transmission générationnelle rigoureuse.

Le programme a également fait la part belle au Caftan, élément phare de l’identité vestimentaire nationale. Les défilés organisés à Mexico, Villahermosa et Álamos ont permis de présenter l’évolution de cet habit, récemment inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Cette reconnaissance internationale a été utilisée comme un argument de « Soft Power », démontrant la capacité du Maroc à préserver ses traditions tout en les adaptant à la modernité. En exposant ces pièces de haute couture, la délégation a valorisé la technicité des « Maâlems » et la richesse des étoffes, positionnant la culture marocaine sur le segment du luxe artisanal et de l’excellence manufacturière.

Sur le plan sensoriel, la manifestation a misé sur la musique et la gastronomie pour créer une expérience immersive. La troupe « Abidat R’ma », avec ses rythmes entraînants et ses chants collectifs, a assuré l’animation sonore des différentes étapes, offrant un aperçu dynamique du folklore marocain. Parallèlement, l’art culinaire a servi de passerelle culturelle immédiate. Les dégustations et présentations gastronomiques ont permis de souligner les convergences entre les cuisines marocaine et mexicaine, toutes deux réputées pour leur usage complexe des épices et leur caractère convivial. Ces moments de partage autour de la table ont concrètement illustré les valeurs d’ouverture prônées par les organisateurs, rendant la culture marocaine accessible et tangible pour le public mexicain.

Le Maroc, invité d’honneur du Festival Alfonso Ortiz Tirado

L’apothéose de cette semaine culturelle s’est déroulée dans l’État de Sonora, au nord-ouest du Mexique, plus précisément à Álamos. Cette étape finale coïncidait avec la 41ème édition du Festival Alfonso Ortiz Tirado (FAOT), l’un des rendez-vous culturels les plus prestigieux du pays, dont le Maroc était l’invité d’honneur. Cette invitation constitue une marque de reconnaissance significative de la part des autorités culturelles mexicaines, offrant au Royaume une tribune privilégiée au sein d’un événement d’envergure internationale.

La cérémonie de clôture à Álamos a synthétisé l’ensemble des expressions artistiques déployées durant la semaine. Devant un public averti et des responsables locaux, les artistes marocains ont livré une dernière prestation mêlant musique andalouse, rythmes populaires et défilés de mode. Cette participation distinguée a permis de toucher une audience différente de celle de Mexico ou du Tabasco, élargissant ainsi le spectre du rayonnement marocain sur le territoire mexicain. L’intégration de la programmation marocaine au sein du FAOT a validé la pertinence et la qualité de l’offre culturelle proposée, confirmant l’attractivité de la culture marocaine sur la scène artistique latino-américaine.

Au bilan, cette deuxième édition a rempli ses objectifs diplomatiques et promotionnels. Comme l’a souligné l’ambassadeur Abdelfattah Lebbar, le succès de l’événement se mesure à l’accueil favorable des populations et des officiels à chaque étape. En tissant des liens directs entre les créateurs marocains et le public mexicain, cette initiative a renforcé la coopération bilatérale, démontrant que la culture demeure un levier efficace de rapprochement entre les peuples, au-delà de la distance géographique.