CAN 2025 au Maroc : une révolution audiovisuelle pour l’Afrique ?

Le Maroc se prépare à offrir au monde une Coupe d’Afrique des Nations 2025 aux standards visuels d’une Coupe du Monde. Une promesse technologique incarnant une ambition continentale. Mais derrière cette vitrine spectaculaire, une colère gronde sur le continent, où de nombreux diffuseurs publics craignent de ne pouvoir offrir le spectacle à leurs populations. La CAN 2025 au Maroc, une révolution de l’audiovisuel en marche pour l’Afrique, est-elle en train de créer un spectacle magnifique mais inaccessible ?

Le Maroc promet une CAN aux standards du Mondial

Pour le Maroc, l’organisation de la CAN 2025 est bien plus qu’un simple tournoi de football. C’est une répétition générale avant la Coupe du Monde 2030 et une occasion de démontrer son savoir-faire. L’ambition est claire : livrer une production audiovisuelle irréprochable qui redéfinira les standards pour le continent.

Une production « Made in Morocco » digne des plus grands

Pour la première fois, la Confédération Africaine de Football (CAF) a confié l’intégralité de la production des matchs au diffuseur du pays hôte, la Société Nationale de Radiodiffusion et de Télévision (SNRT). Cette dernière a massivement investi pour être à la hauteur de l’enjeu. Au programme : de nouvelles régies mobiles capables de filmer et de diffuser en 4K Ultra Haute Définition, et le déploiement de la technologie « Spidercam » dans tous les stades. Ce système de caméra aérienne, bien connu des spectateurs de la Ligue des Champions ou de la Coupe du Monde, offrira une expérience immersive inédite pour une CAN. L’objectif est de proposer des images spectaculaires, un habillage graphique moderne et une qualité de retransmission qui n’auront rien à envier aux compétitions de l’UEFA ou de la FIFA.

Plus qu’un tournoi : une question de fierté et d’image

Cette montée en gamme technologique est un enjeu d’image majeur. En offrant une vitrine aussi professionnelle, le Maroc entend se positionner comme un leader continental en matière d’organisation d’événements sportifs. C’est une manière de montrer au monde que l’Afrique peut produire des spectacles de classe mondiale, une étape essentielle dans la construction de la fierté et de l’attractivité du football africain.

La colère des diffuseurs africains : une célébration inaccessible ?

Pourtant, cette ambition se heurte à une réalité économique et sociale brutale sur le continent. Une polémique a éclaté fin novembre à Lomé, au Togo, où les diffuseurs publics africains ont exprimé leur vive inquiétude.

Le cœur du litige : 20 matchs derrière un péage

Le nouveau modèle de commercialisation des droits TV, mis en place par la CAF et son partenaire New World TV, est au centre de la discorde. Selon les chaînes africaines, sur les 52 matchs de la compétition, seules 32 rencontres seraient accessibles aux médias publics en clair. Les 20 autres, dont des affiches potentiellement décisives, seraient réservées à des diffuseurs payants. Les télévisions africaines ont rappelé dans une déclaration commune que la CAN est « une célébration de notre identité », largement financée par l’argent public des États et donc des citoyens. Elles jugent inacceptable de priver leurs populations de l’intégralité du spectacle.

Un modèle économique jugé « inéquitable »

L’argument principal des diffuseurs est simple : ils considèrent comme « injustifiable et économiquement inéquitable d’imposer un modèle de commercialisation calqué sur les standards de la FIFA et de l’UEFA, sans en adopter le modèle de financement ». En d’autres termes, la CAF demande des prix européens pour les droits TV, sans tenir compte des réalités économiques des marchés publicitaires africains.

Entre ambition et réalité : le grand paradoxe du football africain

Comment expliquer cette tension entre la promesse d’une belle image et le risque d’un écran noir pour des millions de supporters ? C’est le reflet d’un paradoxe au cœur de la stratégie actuelle du football africain.

La professionnalisation forcée du football africain

La stratégie de la CAF, sous l’impulsion de son président Patrice Motsepe, est claire : il faut augmenter la valeur du produit « football africain » pour générer plus de revenus. En rehaussant drastiquement les standards de production, la CAF espère rendre ses compétitions plus attractives pour les sponsors et les diffuseurs payants, afin de mieux financer le développement des clubs, des infrastructures et des fédérations. La CAN 2025 au Maroc, une révolution de l’audiovisuel en marche pour l’Afrique, est la première concrétisation de cette vision.

Le risque d’une « fracture footballistique » sur le continent

Cependant, cette stratégie risque de créer une « fracture footballistique » et culturelle. En adoptant un modèle élitiste, la CAF pourrait couper le football de sa base populaire, qui est son plus grand atout. La question se pose alors avec acuité : une révolution visuelle a-t-elle un sens si elle n’est pas partagée par le plus grand nombre ? Peut-on célébrer l’identité africaine en en privant une partie des Africains ?

Une révolution qui doit trouver son public

La CAN 2025 au Maroc, une révolution de l’audiovisuel en marche pour l’Afrique, est sans conteste porteuse d’une promesse formidable de modernité et d’excellence. Mais elle soulève aussi un risque de division. L’ambition technologique du Maroc et la vision économique de la CAF sont louables, mais elles ne doivent pas se faire au détriment de l’accès populaire, qui est l’essence même et la force de la Coupe d’Afrique des Nations. L’enjeu des prochaines semaines sera crucial : la CAF et les diffuseurs africains devront trouver un compromis pour que cette magnifique promesse visuelle soit une fête pour tous les Africains, et pas seulement pour ceux qui peuvent se l’offrir.