Fès s’affirme comme un laboratoire à ciel ouvert pour les cultures urbaines et la créativité populaire. Depuis ce vendredi, la cité idrisside vibre au rythme de la neuvième édition du Festival national des arts de la rue, transformant ses artères historiques et ses places modernes en scènes éphémères. Organisé par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, en partenariat avec le Conseil de la région Fès-Meknès, cet événement s’impose comme un rendez-vous incontournable de l’agenda culturel, brisant les frontières entre l’artiste et le citoyen pour offrir une expérience esthétique immersive et gratuite.
Fès, métropole des arts vivants et de la proximité
L’ouverture de cette neuvième édition a marqué les esprits par sa capacité à métamorphoser la physionomie habituelle de la ville. Loin des salles feutrées et des billetteries closes, le festival investit l’espace commun pour y insuffler une dynamique de partage immédiat.
Une scène à ciel ouvert pour réinventer l’espace public
Dès le coup d’envoi, les sites emblématiques de la ville nouvelle, notamment la place Florence et le boulevard Hassan II, ont été pris d’assaut par une effervescence colorée. Le festival a débuté par un carnaval spectaculaire, véritable marque de fabrique de l’événement, où des troupes d’échassiers, de marionnettistes géants et d’acrobates ont sillonné les artères principales, captivant les passants et arrêtant littéralement le temps. Ce choix de la déambulation n’est pas anodin : il force le regard à redécouvrir l’architecture urbaine sous un prisme ludique et poétique. Les places publiques, souvent simples lieux de transit, deviennent des agoras de contemplation où le spectacle surgit là où on ne l’attend pas, créant une rupture bienvenue dans le quotidien des Fassis.
La programmation ne se limite pas à une simple succession de numéros ; elle repense l’occupation de la voirie. En installant des cercles de performance au cœur de la cité, l’événement réactualise la tradition séculaire de la « Halqa », tout en lui offrant une résonance contemporaine. Les artistes ne sont pas surélevés sur des estrades inaccessibles, mais évoluent à même le sol, au contact direct d’un public hétéroclite composé de familles, de jeunes étudiants et de curieux, abolissant ainsi le « quatrième mur » propre au théâtre conventionnel.
L’accessibilité culturelle comme levier de développement
Cette manifestation s’inscrit dans une vision institutionnelle claire portée par la Direction régionale de la Culture Fès-Meknès, actuellement pilotée par Samir Kozman. L’objectif affiché est la démocratisation de l’acte culturel. En sortant les œuvres des institutions pour les amener vers le citoyen, le festival matérialise le concept de « culture de proximité ». Il ne s’agit plus d’attendre que le public franchisse les portes d’un théâtre, mais d’aller à sa rencontre, favorisant ainsi une inclusion sociale par l’art.
Le soutien du Conseil régional Fès-Meknès témoigne également de la dimension stratégique de l’événement pour le territoire. Au-delà du divertissement, les arts de la rue agissent comme un vecteur de cohésion sociale et d’animation touristique alternative. En période hivernale, l’événement offre une vitalité nouvelle à la ville, prouvant que l’attractivité de Fès ne repose pas uniquement sur son patrimoine bâti, mais aussi sur sa capacité à produire et accueillir des contenus artistiques vivants et modernes. Cette politique culturelle vise à ancrer des habitudes de consommation artistique chez les jeunes générations, en leur montrant que la culture est un droit et un plaisir accessible à tous, sans barrière financière ou sociale.
Une neuvième édition sous le signe de la diversité artistique
Si la forme est celle de la rue, le fond se distingue par une exigence artistique qui croise les disciplines et les origines, reflétant la richesse du paysage culturel marocain actuel.
Du cirque au breakdance : le métissage des disciplines
La force de cette neuvième édition réside dans son éclectisme assumé. La programmation fait la part belle à la fusion des genres, juxtaposant des expressions artistiques traditionnelles et des pratiques résolument urbaines. Les spectateurs peuvent ainsi passer, en quelques mètres, d’une performance de théâtre de rue, reprenant les codes de la satire sociale, à des démonstrations de breakdance ou de rap, disciplines désormais incontournables des cultures urbaines marocaines.
Les arts du cirque occupent également une place centrale, avec des numéros de jonglerie, de monocycle et d’acrobatie qui fascinent par leur technicité et leur poésie visuelle. Ce métissage crée un dialogue intergénérationnel unique : les aînés retrouvent l’esprit du conte et du cercle, tandis que la jeunesse s’identifie aux rythmes urbains et aux performances physiques. Des ateliers d’initiation sont souvent intégrés à la dynamique du festival, permettant aux enfants de s’essayer aux graffitis ou aux techniques de cirque, transformant le spectateur passif en acteur potentiel. Cette diversité garantit que chaque strate de la population trouve un écho à sa propre sensibilité, unifiant la ville autour d’un langage commun : celui de l’émotion artistique.
La valorisation des talents nationaux
Le festival se positionne avant tout comme une vitrine pour la création marocaine. Il offre une plateforme d’expression privilégiée aux troupes nationales et régionales, leur permettant de confronter leur travail au regard du grand public. Des compagnies venues de Casablanca, de Salé ou d’autres régions du Royaume convergent vers Fès, transformant la ville en un carrefour d’échanges professionnels. Pour ces artistes, souvent habitués à des circuits alternatifs, la reconnaissance institutionnelle offerte par un tel événement est un levier de légitimité important.
L’événement met également en lumière l’émergence d’une nouvelle vague d’artistes qui réinterprètent le patrimoine. En intégrant des éléments de folklore, comme les rythmes Gnaoua ou Aïssawa, dans des scénographies modernes et urbaines, ces créateurs renouvellent le répertoire national sans le trahir. Le festival devient ainsi un espace de validation pour ces hybridations culturelles, prouvant que les arts de la rue au Maroc ne sont pas une simple imitation de modèles occidentaux, mais bien une réappropriation locale, riche et authentique. C’est cette vitalité créative, soutenue par des politiques publiques volontaristes, qui permet aujourd’hui à Fès de revendiquer son statut de capitale culturelle complète, où le sacré et le profane, le patrimoine et la modernité, cohabitent harmonieusement sur le pavé.

