La Saison Méditerranée 2026 se tiendra du 15 mai au 31 octobre en France, avec des temps forts programmés à l’international, notamment au Maroc. Initiée par le Président de la République française en 2023, cette manifestation pluridisciplinaire mobilise plus de 200 événements à travers 60 villes. Porté par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, le ministère de la Culture et l’Institut français, l’événement vise à consolider les liens entre les rives du bassin méditerranéen à travers la création artistique, intellectuelle et citoyenne. Dans ce cadre, la scène culturelle marocaine occupe une place centrale, illustrant la vitalité de ses traditions et de ses expressions contemporaines.
Un trait d’union repensé entre les deux rives
La genèse de ce projet s’inscrit dans une volonté politique affirmée de repenser la diplomatie culturelle face aux multiples crises régionales. Le concept des « Saisons », piloté par l’Institut français depuis 1985, a déjà permis de faire dialoguer la France avec plus d’une centaine de pays. Confiée au commissariat général de Julie Kretzschmar, directrice artistique spécialiste de la création contemporaine issue des pays du Sud, l’organisation de cette édition spécifique a nécessité plus de deux années de travail conjoint. L’objectif affiché dépasse la simple diffusion pour se concentrer sur la construction de partenariats durables entre les sociétés civiles. L’approche choisie s’appuie fortement sur l’implication des diasporas et de la jeunesse, considérées comme les moteurs d’une identité plurielle et ouverte. Dès le 15 mai, la ville de Marseille inaugurera cette dynamique avec une séquence d’ouverture déployée du Pharo au Mucem, en passant par La Friche la Belle de Mai. Les acteurs institutionnels attendent de cette initiative qu’elle stimule la circulation des idées et des individus, consolidant ainsi un espace de civilisation partagé tout en soutenant les mobilités artistiques.
Les cinq piliers d’une programmation engagée
Pour structurer les deux cents rendez-vous prévus sur l’ensemble du territoire français, de Lille à Montpellier, la direction artistique a défini cinq axes thématiques majeurs. Ces portes d’entrée visent à aborder frontalement les enjeux qui façonnent la Méditerranée d’aujourd’hui. Le premier axe explore les utopies spéculatives afin d’imaginer des solutions tangibles face à l’urgence climatique. Le second célèbre les identités plurielles, une position assumée contre les replis identitaires actuels. La troisième thématique analyse la place du sacré à travers les spiritualités contemporaines dans des sociétés en pleine mutation. L’histoire collective des migrations constitue le quatrième pilier, abordé comme un patrimoine vivant formant le socle du présent. Enfin, la construction des récits interroge les espaces de dialogue entre les citoyens et les systèmes de pouvoir. Cette ossature conceptuelle rassemble quatorze disciplines, croisant le spectacle vivant, les arts visuels, le cinéma, la littérature et les débats d’idées.
Le Maroc sous les projecteurs : entre tradition et avant-garde
La participation marocaine illustre la volonté de croiser un riche patrimoine immatériel et une forte innovation contemporaine. Le Royaume s’impose comme un acteur incontournable de cette dynamique, proposant un ancrage solide dans un espace ouvert et en constante hybridation. Les programmateurs ont sélectionné des projets qui reflètent l’apport continu des influences marocaines à la création artistique globale.
Le week-end « Maroc & Méditerranée » à la Philharmonie de Paris
Moment fort de la programmation automnale, la Cité de la musique – Philharmonie de Paris consacrera trois jours consécutifs, les 29, 30 et 31 octobre, à la scène musicale nationale. Cette séquence illustrera l’ambition du dialogue interculturel en mettant particulièrement en valeur les artistes femmes. Le public découvrira La Nuit Andalouse, portée par l’orchestre arabo-andalou sous la direction de Mohamed Briouel, accompagné de grandes voix féminines. La diversité culturelle sera soulignée par une rencontre inédite entre les traditions andalouses, amazighes et gnawa, qui dialogueront avec des chants araméens libanais, du flamenco, ainsi que des traditions populaires des Pouilles et de Grèce. Les sonorités gnawa occuperont une place centrale avec les performances du Maâlam Abdelkébir Merchane et de Hind Ennaira, l’une des rares femmes à maîtriser le guembri, instrument traditionnel à cordes pincées.
Hybridations visuelles et sonores
Le volet visuel de la participation marocaine propose une lecture moderne du patrimoine vivant. Dès le mois de mai, une exposition photographique signée Hassan Hajjaj dévoilera des portraits capturant l’essence des musiciens Gnawa. Cette installation dépasse le simple cadre de l’image fixe puisqu’elle intègre une création musicale originale conçue par le groupe Acid Arab. Cette rencontre entre l’objectif du photographe et les sonorités électroniques démontre la vitalité des collaborations transméditerranéennes. Ce dispositif immersif permet de confronter l’archive visuelle à l’expérience sonore contemporaine, offrant un regard analytique sur la transmission culturelle.
L’écho de la Saison sur le sol marocain
La résonance de l’événement s’étendra directement sur le territoire marocain, par souci de réciprocité des échanges. Les secteurs du design et des métiers d’art seront spécifiquement mis en avant à travers des coopérations favorisant l’innovation. Le point d’orgue de cette déclinaison locale se déroulera à l’occasion de la neuvième édition du Forum euro-méditerranéen des Jeunes Leaders d’Essaouira. Ce rassemblement annuel réunit une centaine de jeunes citoyens engagés issus de tout le pourtour régional. Les projets mis en œuvre au Maroc durant cette période bénéficieront de l’appui du réseau diplomatique et de l’Institut français, en étroite coordination avec les acteurs de la société civile locale. Cette conclusion territoriale vise à consolider les réseaux professionnels et associatifs tissés tout au long des six mois de la manifestation.

