L’artiste contemporain Younes Rahmoun expose au Musée Mohammed VI d’Art Moderne et Contemporain (MMVI) de Rabat. Du 12 février au 30 mars 2026, l’institution présente une installation vidéo et sonore intitulée « Habba – Chajara – Zahra » (Graine – Arbre – Fleur). Cette œuvre aborde la métamorphose biologique et spirituelle de l’existence humaine. La Fondation Nationale des Musées (FNM) assure la production de cet événement.
Un dispositif immersif centré sur le cycle de la vie
L’installation « Habba – Chajara – Zahra » repose sur une scénographie divisée en trois séquences distinctes. Le parcours du visiteur suit une progression chronologique. La première section, « Habba » (la graine), représente l’origine. L’artiste y utilise des projections lumineuses minimalistes dans une salle plongée dans l’obscurité. La deuxième phase, « Chajara » (l’arbre), illustre le développement. Le dispositif emploie des algorithmes visuels pour générer des structures arborescentes sur des écrans verticaux. La dernière étape, « Zahra » (la fleur), symbolise l’aboutissement et la fin du cycle.
Le dispositif technique intègre une projection vidéo multicanal et une diffusion sonore spatialisée. Rahmoun collabore avec des ingénieurs du son pour créer une fréquence acoustique continue. Cette fréquence isole le spectateur des bruits extérieurs du musée. L’utilisation de la géométrie caractérise chaque projection : les formes circulaires dominent la section de la graine, les lignes verticales structurent l’arbre, et les polygones définissent la fleur. Avec ce projet technologique, Younes Rahmoun expose au Musée Mohammed VI une modélisation numérique stricte de la biologie. L’espace d’exposition s’étend sur 400 mètres carrés. Les murs sont enduits d’une peinture noire mate pour absorber la réflexion lumineuse.
La trajectoire minimaliste de Younes Rahmoun
Né en 1975 à Tétouan, Younes Rahmoun est diplômé de l’Institut National des Beaux-Arts (INBA) de sa ville natale en 1998. Il enseigne actuellement au sein de cette même institution. Son travail s’exporte à l’international depuis 2001. Il enregistre des participations à la Biennale de Venise (2011) et à la Biennale de Dakar. Ses œuvres intègrent les collections permanentes du Musée d’Art Contemporain de Barcelone et du Victoria and Albert Museum de Londres.
Rahmoun base sa pratique sur des principes d’épuration formelle. Il relie l’art contemporain conceptuel à la philosophie soufie. Ses œuvres précédentes incluent la série « Ghorfa », des modélisations réduites de sa chambre de méditation. Il utilise fréquemment des nombres spécifiques, comme le 77 (en référence aux branches de la foi en islam) et le 99 (pour les noms divins). La répétition du geste et la limitation des matériaux constituent sa signature. En présentant cette nouvelle trilogie, Younes Rahmoun expose au Musée Mohammed VI le résultat de vingt-cinq années de recherche sur la réduction de la forme.
Les enjeux institutionnels de l’événement au MMVI
Une programmation alignée sur la période du Ramadan
Les dates de l’exposition, du 12 février au 30 mars 2026, chevauchent le mois de Ramadan, prévu à partir de la mi-février. La direction du MMVI planifie cette concordance de manière délibérée. Les thématiques de l’installation correspondent aux pratiques du mois sacré : introspection, méditation et conscience du temps.
Pour s’adapter au jeûne, le musée modifie ses horaires d’ouverture. Le MMVI instaure des tranches horaires nocturnes post-rupture du jeûne (Iftar) durant les week-ends. Cette logistique vise à maintenir les chiffres de fréquentation du public local. Les visites scolaires et les médiations culturelles se concentrent sur les matinées. L’observation du dispositif immersif exige un environnement calme, facilité par la régulation des flux de visiteurs appliquée durant cette période.
L’axe de soutien de la Fondation Nationale des Musées
L’exposition bénéficie du financement direct de la Fondation Nationale des Musées. Présidée par Mehdi Qotbi et dirigée sur le plan muséal par Abdelaziz El Idrissi, la FNM exécute un plan de valorisation des artistes marocains vivants. L’institution budgétise régulièrement l’acquisition d’œuvres pour la collection nationale.
L’installation immersive s’inscrit dans un programme direct de soutien aux arts numériques. Ce fonds finance la production technique des œuvres nécessitant du matériel audiovisuel lourd. Le MMVI confirme ainsi sa capacité technique à accueillir des formats technologiques, au-delà des expositions classiques de peinture et de sculpture. L’événement s’accompagne de l’édition d’un catalogue monographique. Cet ouvrage documente le processus de conception de l’œuvre. Par cette initiative éditoriale, Younes Rahmoun expose au Musée Mohammed VI tout en alimentant le patrimoine documentaire de l’art contemporain au Maroc. Le démontage de l’installation fin mars précédera une probable itinérance dans d’autres musées marocains gérés par la FNM.

