Berlinale 2026 : le cinéma marocain en vedette à l’EFM

Pour la première fois de son histoire, l’European Film Market (EFM) de la Berlinale désigne une nation africaine comme « Country in Focus », offrant au Maroc une tribune inédite du 12 au 18 février 2026. Cette distinction permet au Royaume de déployer une délégation importante de professionnels et d’institutions pour consolider sa position de hub régional de production audiovisuelle et attirer les investissements étrangers. Au-delà des projections, cet événement marque une étape décisive dans la stratégie d’exportation culturelle et industrielle pilotée par le Centre Cinématographique Marocain.

Une consécration stratégique pour l’industrie nationale

Le label « Country in Focus » constitue bien plus qu’une simple reconnaissance honorifique ; il s’agit d’un levier économique majeur au sein de l’European Film Market (EFM), l’un des trois plus grands marchés du film au monde. En succédant à des industries puissantes comme le Mexique, le Canada ou l’Espagne, le Maroc intègre un cercle restreint de partenaires privilégiés de la Berlinale. Cette mise en lumière, programmée lors de la 76e édition du festival, vise à positionner le cinéma marocain comme une interface incontournable entre l’Afrique, le monde arabe et l’Europe. L’objectif affiché est de transformer cette visibilité en contrats de coproduction, en accords de distribution et en ventes internationales pour les œuvres nationales.

Le rôle pivot du Centre Cinématographique Marocain (CCM)

La délégation marocaine est encadrée par le Centre Cinématographique Marocain (CCM), dont la stratégie repose sur la valorisation d’une industrie désormais structurée. Selon son directeur, Reda Benjelloun, cette présence à Berlin témoigne d’une « effervescence artistique portée par une nouvelle génération de cinéastes » et soutenue par des sociétés de production expérimentées. Pour concrétiser ces opportunités, le CCM accompagne une sélection de dix producteurs et productrices, parmi lesquels Karim Dabbag (Kasbah Films), Merieme Addou (Iris Production) ou encore Lamia Chraibi (La Prod). Ces professionnels bénéficieront d’une exposition stratégique pour présenter leurs projets en développement et en post-production aux investisseurs internationaux présents à l’EFM.

Vitrine technologique et incitations financières

Au-delà de la création artistique, l’EFM est l’occasion pour le Maroc de réaffirmer son attractivité en tant que terre de tournage. Le Royaume met en avant son système d’incitations fiscales, notamment le « Cash Rebate » de 30% sur les dépenses éligibles effectuées sur le territoire. Ce mécanisme financier, couplé aux accords de coproduction existants, constitue un argument décisif pour attirer les productions étrangères à gros budget. Cette politique volontariste a permis au secteur audiovisuel national d’atteindre un nouveau niveau de visibilité, combinant un cinéma marocain fort et une ouverture constante à la collaboration mondiale.

Des infrastructures aux normes internationales

L’offre marocaine ne se limite pas aux avantages fiscaux. Les professionnels présents à Berlin soulignent la diversité des décors naturels, allant des montagnes de l’Atlas au désert du Sahara, en passant par l’architecture urbaine de Casablanca. Mais c’est surtout la qualification des équipes techniques locales qui est mise en avant. Le Maroc dispose aujourd’hui d’un réseau de techniciens compétents et d’infrastructures de tournage reconnues, comme les studios de Ouarzazate, capables d’accueillir les productions les plus complexes. Des dispositifs d’accompagnement tels que les Ateliers de l’Atlas renforcent cette dynamique en assurant le développement continu des talents locaux et régionaux.

Le cinéma marocain à l’écran : patrimoine et nouvelles écritures

La programmation artistique de cette édition 2026 reflète la dualité du cinéma marocain, entre préservation du patrimoine et exploration de nouveaux formats. Une attention particulière est portée à la restauration des œuvres fondatrices.

Le Mirage d’Ahmed Bouanani : la résurrection d’un chef-d’œuvre

Dans le cadre de la section « Berlinale Classics », le festival projette en première mondiale la version restaurée du film Le Mirage (1979) d’Ahmed Bouanani. Cette restauration en 4K, pilotée par la Cinémathèque marocaine, revêt une importance historique : c’est la première fois qu’un film africain et arabe bénéficie d’une restauration entièrement réalisée localement. Ce chef-d’œuvre, fable sociale située en 1947, illustre la richesse du fonds cinématographique national et la capacité des institutions marocaines à préserver leur mémoire audiovisuelle.

K-1 et la montée en puissance du format série

L’innovation est également au rendez-vous avec la sélection de la série K-1 dans la section « Berlinale Series Selects ». Ce drame criminel, réalisé par un collectif comprenant Yasmine Benkirane, Hicham Ayouch et Nour-Eddine Lakhmari, démontre que le cinéma marocain sait se diversifier vers le format sériel, un segment de marché en pleine expansion. En parallèle, des projections de marché (« Market Screenings ») mettront en avant des productions récentes comme Calle Málaga de Maryem Touzani et La Más Dulce de Laila Marrakchi, confirmant la vitalité des réalisatrices marocaines sur la scène internationale.