Exposition Dalí Diali : caftans et surréalisme au Musée de la Parure

Le Musée National de la Parure, situé dans la Kasbah des Oudayas à Rabat, accueille depuis le 8 janvier 2026 l’exposition « Dalí Diali – L’étoffe du rêve ». Cet événement culturel marque une étape significative dans la programmation muséale de la capitale. Il orchestre une rencontre inédite entre la haute couture marocaine traditionnelle et le surréalisme européen. La créatrice Zhor Raïs y présente une collection exclusive, fruit d’un travail de recherche approfondi sur la convergence entre caftans et Salvador Dali.

Au Musée National de la Parure : quand les caftans et Salvador Dali dialoguent

L’exposition ne se contente pas de juxtaposer des œuvres ; elle crée une scénographie en miroir. L’espace d’exposition met en relation directe douze sculptures originales en bronze, issues de la collection « Dalí Universe », avec douze créations textiles uniques.

Douze sculptures en bronze réinterprétées en haute couture

Le parcours visuel force le spectateur à observer la transition entre la rigidité du métal et la souplesse du tissu. Chaque tenue a été conçue comme une réponse esthétique et technique à une sculpture précise du maître catalan. Zhor Raïs a sélectionné des œuvres emblématiques traitant du temps, de la féminité et de la métamorphose pour élaborer ses patrons.

La confrontation entre caftans et Salvador Dali repose sur une réinterprétation des volumes. Là où le bronze fige le mouvement surréaliste – montres molles, éléphants aux pattes arachnéennes ou silhouettes déconstruites –, le vêtement lui redonne une cinétique. La créatrice utilise la coupe traditionnelle du caftan (la kmiss, la dfina) comme une toile de fond pour y projeter les obsessions daliniennes. Les broderies (tebta) et les passementeries (sfifa) ne servent plus uniquement l’ornementation classique, mais dessinent les lignes de force des sculptures exposées.

L’exposition « Dalí Diali » : une fusion technique entre métal et tissu

Cette série met en lumière la complexité technique de l’adaptation. Transposer le langage sculptural de Dali sur du velours, de la soie ou du brocard exige une maîtrise rigoureuse de la matière. L’exposition détaille, par la disposition des pièces, comment les formes oniriques et souvent illogiques du surréalisme trouvent une traduction concrète dans l’artisanat marocain.

La palette chromatique reste fidèle aux tonalités du bronze patiné, rehaussée par les couleurs vives chères à l’artiste espagnol. Ce dialogue entre caftans et Salvador Dali permet de désacraliser l’œuvre muséale pour la rendre « portable », tout en élevant le vêtement traditionnel au rang d’objet d’art conceptuel. Le Musée National de la Parure, habitué à exposer des bijoux et parures historiques, offre ici un contexte cohérent : le caftan est traité comme une parure architecturale.

Zhor Raïs : l’architecture du vêtement au service du surréalisme

L’événement célèbre également une carrière établie. Zhor Raïs fête ses 40 ans de création avec cette exposition. Son profil singulier dans le paysage de la mode marocaine explique la réussite de ce projet audacieux.

40 ans de carrière : de la structure militaire à la fluidité artistique

L’approche de Zhor Raïs se distingue par une rigueur géométrique. Fille d’un tailleur militaire et d’une couturière, elle a hérité d’une double sensibilité : la structure et l’ornement. Cette filiation est perceptible dans sa manière d’aborder le projet liant caftans et Salvador Dali. Elle ne drape pas le tissu au hasard ; elle le construit.

Les coupes sont nettes, rappelant l’uniforme, tandis que les finitions apportent la touche onirique nécessaire au thème. Cette maîtrise structurelle lui permet de soutenir les volumes extravagants inspirés par Dali sans dénaturer la silhouette du caftan. L’exposition retrace implicitement cette évolution professionnelle, montrant comment une technicienne du vêtement parvient à intégrer des concepts artistiques abstraits dans des pièces portables et codifiées.

La Kasbah des Oudayas comme écrin d’une scénographie immersive

Le choix du lieu est stratégique. Le Musée National de la Parure, rénové et géré par la Fondation Nationale des Musées, se positionne comme un conservatoire de l’esthétique marocaine. Y introduire Salvador Dali témoigne d’une volonté d’ouverture et de dialogue interculturel.

L’exposition s’inscrit dans la dynamique de « Rabat, Ville Lumière, Capitale Marocaine de la Culture ». En associant l’image d’un artiste mondialement reconnu à celle d’une créatrice nationale, l’événement renforce l’attractivité touristique de la Kasbah. Les visiteurs découvrent ainsi que le patrimoine, loin d’être figé, peut servir de base à des expérimentations contemporaines radicales. La scénographie utilise l’architecture du musée, ses patios et ses salles historiques, pour ancrer les œuvres surréalistes dans une réalité marocaine tangible.