Le Palais des institutions italiennes de Tanger a refermé ses portes, le 11 janvier 2026, sur l’exposition « Arte dal Vulcano », marquant la fin d’un cycle de festivités dédié aux 2 500 ans de la fondation de Naples. Organisé sous l’égide du Comité national Neapolis 2500, cet événement a transformé la cité du Détroit en une annexe éphémère de la capitale campanienne, attirant plus de 1 200 visiteurs autour d’une réflexion artistique sur la mémoire et la régénération.
Une double célébration : l’Italie et le Maroc à l’unisson
Le Bicentenaire comme toile de fond (1825-2025)
L’accueil de cet événement culturel majeur à Tanger ne relève pas du hasard géographique, mais d’un alignement diplomatique historique. L’exposition s’inscrit officiellement dans le cadre des célébrations du bicentenaire des relations diplomatiques entre l’Italie et le Maroc. Ce cycle commémoratif, qui marque deux siècles d’échanges ininterrompus depuis 1825, utilise la culture comme un levier de « Soft Power » pour consolider les liens entre Rome et Rabat.
L’ambassadeur d’Italie au Maroc, Pasquale Salzano, a rappelé lors de l’inauguration que cette initiative vise à mettre en lumière un héritage millénaire commun. La diplomatie culturelle dépasse ici la simple représentation protocolaire pour s’ancrer dans une histoire partagée, où la Méditerranée agit non plus comme une frontière, mais comme un espace de connexion naturelle entre les deux péninsules.
Naples et Tanger : deux cités miroirs
Au cœur de ce dispositif, le choix de Tanger pour célébrer l’anniversaire de Naples résonne avec force. Les organisateurs, appuyés par le ministère italien des Affaires étrangères, ont dressé un parallèle évident entre la cité du Vésuve et la cité du Détroit. Toutes deux sont des villes-carrefours, portuaires et mythologiques, façonnées par des siècles de brassage culturel.
Angela Tecce, présidente de la Fondation Donnaregina, a souligné les liens historiques profonds qui unissent ces deux pôles maritimes. En délocalisant une partie des célébrations de Neapolis 2500 sur le sol marocain, le comité d’organisation a voulu démontrer que l’histoire de Naples s’écrit aussi à travers ses dialogues avec l’autre rive de la Méditerranée. Ce rapprochement symbolique entre l’Italie et le Maroc s’est matérialisé par une occupation artistique du Palais Moulay Hafid, lieu lui-même chargé d’histoire diplomatique.
« Arte dal Vulcano » : la lave créative du Vésuve
De la destruction à la régénération
L’exposition tire son titre, « Arte dal Vulcano », de la puissance évocatrice du Vésuve, figure tutélaire de la région. Le volcan n’est pas ici perçu uniquement comme une menace destructrice, mais comme une source inépuisable d’énergie et de fertilité créative. Cette dualité entre destruction et régénération traverse les œuvres présentées, illustrant la capacité de l’art napolitain à se réinventer perpétuellement, tel un cycle magmatique.
Carmela Callea, directrice de l’Institut culturel italien de Rabat, précise que la sélection des œuvres illustre une évolution continue. L’art italien y est présenté non comme un vestige du passé, mais comme une matière vivante qui puise dans sa tradition pour explorer de nouvelles formes d’expression contemporaine. Cette vitalité témoigne d’une scène artistique qui refuse de se figer dans la commémoration pure pour embrasser la modernité.
Un panorama de l’art campanien contemporain
Pour donner corps à cette vision, les commissaires ont puisé dans les réserves de deux institutions prestigieuses : le Musée Madre (Musée d’Art Contemporain Donnaregina) et le Musée Novecento de Naples. Au total, ce sont 29 œuvres qui ont été acheminées jusqu’à Tanger, offrant un spectre large de la création campanienne allant de l’après-guerre à nos jours.
Le parcours de l’exposition a permis aux visiteurs de découvrir des travaux de peinture, sculpture, photographie et installation. Parmi les artistes exposés, on retrouve des figures majeures de l’art contemporain italien tels que Mimmo Paladino, figure de la Trans-avant-garde, le photographe Mimmo Jodice, ou encore Francesco Clemente et Marisa Albanese. Cette sélection intergénérationnelle prouve que le dialogue entre l’Italie et le Maroc peut se nourrir d’une modernité exigeante, loin des clichés folkloriques souvent associés aux échanges culturels.
Un dialogue féminin pour clore l’événement
La rencontre des voix méditerranéennes
La clôture de l’exposition, le 11 janvier, a été marquée par un concert symbolique intitulé « Le Chant des femmes méditerranéennes : un pont entre les cultures ». Cet événement musical a concrétisé l’ambition de dialogue de l’exposition en faisant se rencontrer sur scène deux traditions vocales puissantes.
D’un côté, l’ensemble féminin Rhoum El Bakkal (Akhawat al Fane al Assil), dirigé par Rahoum Bekkali, a porté les couleurs du patrimoine marocain avec un répertoire inspiré de la Hadra de Chefchaouen et des chants soufis. De l’autre, la soprano italienne Letizia Calandra, accompagnée de musiciens napolitains, a interprété un répertoire classique et populaire du sud de l’Italie. Les séquences partagées entre les deux formations ont créé un tissu sonore organique, prouvant que les affinités émotionnelles entre les musiques de Naples et du Nord du Maroc transcendent les barrières linguistiques.
Le palais Moulay Hafid, théâtre de la diplomatie culturelle
Le succès public de cette manifestation, avec plus de 1 200 visiteurs recensés incluant touristes internationaux et professionnels de la culture, valide la stratégie de diplomatie publique menée par Rome. Le Palais des institutions italiennes confirme son statut de plateforme incontournable pour les échanges euro-méditerranéens.
En confiant la clôture de cet événement aux voix des femmes, les organisateurs ont voulu rendre hommage à leur rôle de « gardiennes de la mémoire » au sein des sociétés méditerranéennes. Cette touche finale, à la fois artistique et sociétale, renforce durablement la coopération entre l’Italie et le Maroc, laissant présager de futures collaborations pour la suite de l’année du bicentenaire.

