Guelmim et Tighmert : immersion dans le Maroc, sa culture et ses traditions

La région de Guelmim, porte du Sahara, constitue un conservatoire vivant des modes de vie présaharien. Loin des circuits touristiques standardisés, cette zone géographique illustre le Maroc sa culture et ses traditions à travers une organisation sociale et économique adaptée à l’aridité. L’Oasis de Tighmert, située à une quinzaine de kilomètres de Guelmim, offre un aperçu technique et sociologique de ces savoir-faire séculaires au cœur de la réserve de biosphère des oasis du Sud.

L’Oasis de Tighmert : gardienne des traditions aux portes du Sahara

L’organisation spatiale et architecturale de l’oasis répond à des impératifs climatiques stricts. La structure de l’habitat vernaculaire y joue un rôle central dans la préservation de la cohésion sociale.

L’architecture en pisé, reflet d’un mode de vie communautaire

Les habitations traditionnelles de la région utilisent le pisé (terre crue damée) pour ses propriétés d’inertie thermique. Cette technique maintient une température stable face aux amplitudes thermiques du désert. L’agencement intérieur privilégie la pénombre pour conserver la fraîcheur. Contrairement à l’architecture occidentale tournée vers l’extérieur, la maison traditionnelle marocaine s’organise vers l’intérieur, favorisant l’intimité familiale. Les pièces sont souvent vastes et dépouillées, la fonctionnalité primant sur l’esthétique décorative pure. Le mobilier est modulaire : les salons marocains, composés de banquettes (sdari), sont régulièrement rénovés par des artisans locaux. La réfection complète d’un salon (remplacement de la mousse et ajustement des tissus) représente un investissement moyen de 1000 dirhams pour une structure standard.

L’art de recevoir : le « Grand Salon » et le rituel du thé

L’hospitalité est une composante structurelle de la société locale, classée parmi les trésors vivants du Maroc. Chaque demeure dispose d’une pièce spécifique, le « Grand Salon », exclusivement dédiée à la réception des invités de marque ou des membres élargis de la famille. Cet espace se distingue par la qualité de son ameublement et sa vaisselle, souvent en argent pour le service à thé.

Le rituel d’accueil suit un protocole précis. Le thé est servi accompagné d’une collation substantielle comprenant de l’huile d’argan, de l’amlou (pâte à tartiner à base d’amandes, miel et huile d’argan), des olives, du beurre fermier et des fruits secs. Ce moment de partage, ancré dans le Maroc sa culture et ses traditions, marque le respect dû à l’hôte et précède généralement le repas principal.

Terroir et savoir-faire : l’excellence de la simplicité

L’économie de l’oasis repose sur l’exploitation raisonnée des ressources naturelles et la valorisation des produits du terroir par des coopératives agricoles.

Le miel de Daghmous et l’économie des coopératives

L’apiculture saharienne est une activité économique majeure à Tighmert. Les coopératives locales produisent des miels typés, dont le célèbre miel d’Euphorbe (Daghmous), recherché pour ses vertus médicinales (action réchauffante et antiseptique). La production dépend des aléas climatiques : en l’absence de floraison d’euphorbe, les apiculteurs se rabattent sur le miel « toutes fleurs » du désert. Ce produit se négocie autour de 150 dirhams le kilogramme en vente directe. L’achat en coopérative garantit la traçabilité et soutient le tissu économique local, une démarche soutenue par le programme de valorisation de la gastronomie marocaine.

La Belboula : le couscous d’orge comme patrimoine culinaire

Sur le plan gastronomique, le Sud marocain se distingue par l’utilisation de l’orge. Si le couscous de blé dur est le plus exporté, la « Belboula » (semoule d’orge) constitue la base de l’alimentation locale, particulièrement en hiver. Ce plat est traditionnellement préparé avec des légumes de saison, comme le potiron, et servi dans un plat collectif favorisant le lien social. La préparation requiert une maîtrise technique spécifique pour la cuisson vapeur de l’orge, plus délicate que celle du blé.

L’artisanat et les rituels esthétiques

L’artisanat de service, comme la mécanique et la réparation, est omniprésent pour maintenir les véhicules adaptés aux pistes désertiques, telles que les Jeeps. Parallèlement, les rituels esthétiques féminins demeurent vivaces. L’application du henné obéit à une méthodologie stricte : préparation d’une pâte filtrée, application à main levée sur la peau, et utilisation de citron et de plastique pour fixer les pigments et accélérer le séchage. Ce savoir-faire, le henné étant désormais patrimoine immatériel de l’UNESCO, est une expression visuelle du Maroc sa culture et ses traditions.