Exposition Confluences : l’artisanat marocain et ses échos africains

Le Musée National de la Parure, situé dans l’enceinte historique de la Kasbah des Oudayas à Rabat, accueille l’exposition Confluences. Cet événement culturel se déroule du 6 au 18 janvier 2026. Il s’inscrit dans la programmation officielle de la 9ème édition de la Semaine nationale de l’artisanat (SNA). L’exposition met en exergue les connexions historiques, techniques et esthétiques entre le patrimoine manufacturier marocain et les productions artisanales du continent africain.

Une scénographie des résonances continentales

L’exposition Confluences déploie un parcours analytique structuré. Elle évite l’approche purement décorative pour se concentrer sur l’anthropologie de l’objet. La scénographie confronte des pièces issues des collections nationales marocaines à des artefacts provenant de diverses régions subsahariennes. Cette mise en miroir révèle une parenté structurelle indéniable dans la conception et l’usage des objets du quotidien et d’apparat.

Cinq matériaux fondamentaux

Le commissariat de l’exposition organise la visite autour de cinq matières premières : le bois, le cuir, le métal, la terre et le textile.

La section dédiée au cuir illustre la persistance de techniques de tannage et de teinture végétales. Les artisans de Fès et de Marrakech partagent des procédés similaires à ceux observés dans les ateliers du Sahel, comme en témoigne un voyage au cœur des tanneries. Les objets exposés, des sacoches aux reliures, témoignent de cette continuité technique. Le travail du métal, notamment l’orfèvrerie et la dinanderie, occupe une place centrale. Les bijoux ruraux marocains présentent des motifs géométriques et des techniques de ciselure qui rappellent les parures peules ou touarègues.

Le bois et la terre font l’objet d’une analyse comparative poussée. Les sculptures sur bois, qu’il s’agisse d’éléments architecturaux ou d’objets rituels, montrent une convergence dans le traitement des volumes. La céramique, du façonnage de l’argile à la cuisson, atteste de savoir-faire millénaires circulant le long des routes commerciales. Enfin, le textile clôture ce panorama matériel. Les tissages, les broderies et les costumes révèlent des correspondances chromatiques et symboliques, soulignant l’importance du vêtement comme marqueur d’identité sociale commun à l’ensemble du continent.

Trois axes de convergence historique

Au-delà des matériaux, l’exposition Confluences identifie trois vecteurs historiques de ces échanges. Le premier est commercial. Les routes transsahariennes ont facilité la circulation de l’or, du sel et des produits manufacturés pendant des siècles, créant un espace économique intégré avant l’heure.

Le deuxième vecteur est la transmission des compétences. La mobilité des artisans, volontaire ou forcée par les aléas historiques, a permis la dissémination des techniques. Le troisième axe est spirituel. L’exposition souligne la dimension sacrée de l’artisanat. Les motifs protecteurs, les amulettes et l’usage de certains matériaux répondent à des croyances partagées. L’artisanat apparaît ici comme le support tangible d’une cosmogonie commune, reliant le Maroc à sa profondeur africaine.

L’artisanat comme levier diplomatique et culturel

Cette manifestation dépasse le simple cadre muséal. Elle matérialise une stratégie étatique visant à consolider le rôle du Maroc comme hub culturel africain. L’exposition Confluences sert d’outil de « soft power » en valorisant un héritage commun propice au dialogue diplomatique.

Une synergie institutionnelle

L’organisation de cet événement résulte d’une collaboration étroite entre plusieurs instances dirigeantes. L’inauguration a été présidée par Mehdi Qotbi, président de la Fondation Nationale des Musées, et Lahcen Saâdi, secrétaire d’État chargé de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire.

Ce partenariat entre la FNM et la Maison de l’Artisan, sous la tutelle du ministère du Tourisme, marque une volonté de décloisonner les secteurs de la culture et de l’artisanat. La Maison de l’Artisan apporte son expertise sur la filière économique, tandis que la FNM garantit la qualité muséographique et la conservation des œuvres. Cette mutualisation des ressources vise à professionnaliser la promotion du secteur à l’échelle internationale.

L’ancrage stratégique : CAN 2025 et Semaine nationale de l’artisanat

Le calendrier de l’événement répond à des impératifs stratégiques précis. La tenue de l’exposition en janvier 2026 coïncide avec les préparatifs finaux et le lancement de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025 au Maroc. Le pays utilise cette vitrine sportive pour exposer sa richesse culturelle.

La 9ème Semaine nationale de l’artisanat intègre cette dimension continentale pour élargir ses débouchés. L’objectif est double : renforcer le sentiment d’appartenance continentale auprès du public marocain et présenter aux visiteurs internationaux une image du Maroc enracinée dans son histoire africaine. Rabat, ville lumière et capitale de la culture, renforce ainsi son attractivité touristique et culturelle à la veille d’une année médiatique majeure pour le Royaume.