Observatoire du Tourisme du Maroc : le virage smart data

Le secteur touristique marocain ne se contente plus de naviguer à vue. À l’aube d’échéances décisives, marquées par la co-organisation de la Coupe du Monde 2030 et le déploiement de la feuille de route 2023-2026, l’industrie nationale opère une transformation silencieuse mais fondamentale. Au cœur de ce dispositif, l’Observatoire du Tourisme entame sa propre révolution copernicienne. Sous la présidence d’Ali Ghannam, l’institution délaisse son habit de simple comptable des flux pour endosser celui de stratège de la donnée. Il ne s’agit plus seulement de recenser les arrivées aux frontières, mais de décrypter les comportements, d’anticiper les tendances et de fournir aux opérateurs une véritable aide à la décision. Cette mutation vers la « Business Intelligence » marque un tournant maturité pour le Tourisme Maroc, désormais piloté par la précision de la technologie autant que par l’ambition politique.

Une mue technologique : de la statistique à l’intelligence économique

L’époque où les tableaux Excel suffisaient à résumer la vitalité d’une saison est révolue. La complexité croissante des marchés émetteurs et la volatilité des comportements des voyageurs imposent une réactivité nouvelle. L’Observatoire a donc engagé un chantier de modernisation radicale, plaçant la technologie au centre de son réacteur.

L’avènement de la « smart data » décisionnelle

La refonte en cours dépasse la simple mise à jour logicielle. Elle incarne un changement de paradigme. L’institution s’oriente vers l’exploitation massive du Big Data pour passer d’une analyse descriptive — qui constate ce qui s’est passé — à une analyse prédictive — qui anticipe ce qui va advenir. Cette transition s’appuie sur le déploiement d’une nouvelle plateforme digitale, conçue comme un véritable hub de données.

L’objectif est de capter, traiter et croiser une multitude d’informations hétérogènes : réservations aériennes, traces numériques, dépenses par carte bancaire ou encore interactions sur les réseaux sociaux. Cette agrégation permet de dresser des profils de visiteurs d’une précision inédite. Pour les acteurs du Tourisme Maroc, cette granularité est une mine d’or. Elle permet de comprendre non plus seulement combien de touristes viennent, mais pourquoi ils viennent, ce qu’ils consomment réellement et quels sont les leviers de leur satisfaction. L’Observatoire se positionne ainsi comme le fournisseur officiel d’une « smart data » capable d’orienter les campagnes marketing de l’Office National Marocain du Tourisme (ONMT) avec une précision chirurgicale.

Un modèle économique repensé pour la pérennité

Cette montée en gamme technologique et analytique a un coût. Pour assurer sa mission sans peser indéfiniment sur les deniers publics, l’Observatoire redéfinit son modèle économique. L’ambition affichée par Ali Ghannam est de tendre vers une autonomie financière accrue. Cette stratégie repose sur la valorisation de son actif le plus précieux : l’information qualifiée.

L’institution développe une offre duale. D’un côté, elle maintient sa mission de service public en fournissant les indicateurs macroéconomiques essentiels à l’État et au grand public. De l’autre, elle structure une offre « Premium » destinée aux professionnels, aux investisseurs et aux grands groupes. Ces services payants, sous forme d’abonnements ou d’études ad hoc, offriront des niveaux d’analyse poussés, spécifiques à des niches de marché ou à des territoires donnés. Ce pragmatisme économique vise à garantir l’indépendance de l’outil et la pérennité de ses infrastructures technologiques, condition sine qua non pour accompagner durablement la croissance du secteur.

La donnée comme boussole de la Vision 2030

Les ambitions chiffrées du Royaume sont connues : atteindre 17,5 millions de touristes à l’horizon 2026 et réussir le défi organisationnel du Mondial 2030. Ces objectifs nécessitent une mobilisation de capitaux colossale et une planification territoriale sans faille. Dans ce contexte, la donnée fiable devient la clé de voûte de l’investissement.

Sécuriser l’investissement par la transparence

L’un des freins historiques au développement des capacités litières ou d’animation a souvent été l’opacité du risque. Les investisseurs, qu’ils soient nationaux ou internationaux, ont horreur de l’incertitude. En produisant des données fiables, auditables et granulaires, l’Observatoire joue un rôle de tiers de confiance essentiel. Il ne se contente plus de fournir des tendances globales, mais apporte des réponses concrètes sur la rentabilité potentielle des projets.

Grâce à des indicateurs précis sur la saisonnalité, la durée moyenne de séjour par nationalité ou le panier moyen par catégorie d’hébergement, l’institution permet de « dérisquer » les projets touristiques. Cette transparence est le meilleur argumentaire pour convaincre les banques et les fonds d’investissement de s’engager dans la dynamique du Tourisme Maroc. La data devient ainsi un levier de financement, transformant les projections abstraites en business plans crédibles pour le secteur privé, dont l’engagement est crucial pour atteindre les capacités d’accueil requises par la feuille de route.

Un pilotage territorialisé face aux défis mondiaux

Le défi du Maroc n’est pas seulement d’attirer plus de visiteurs, mais de mieux les répartir. La concentration des flux sur Marrakech ou Agadir reste une problématique structurelle que la nouvelle stratégie de l’Observatoire entend adresser. L’analyse ne se fait plus uniquement à l’échelle nationale, mais descend au niveau des douze régions du Royaume.

Cette territorialisation de la donnée est indispensable pour préparer 2030. Chaque région, avec ses spécificités culturelles et logistiques, doit pouvoir piloter son propre développement. L’Observatoire fournit désormais aux Conseils Régionaux du Tourisme (CRT) des tableaux de bord spécifiques, permettant d’ajuster l’offre locale aux attentes des marchés cibles. Qu’il s’agisse d’adapter l’offre hôtelière de Tanger, de renforcer l’écotourisme dans le Souss-Massa ou de valoriser le patrimoine de Fès, la décision se fonde sur des réalités chiffrées. C’est cette intelligence territoriale qui permettra au Tourisme Maroc d’offrir une expérience diversifiée et de réussir l’accueil des millions de supporters attendus pour la Coupe du Monde, en évitant les écueils de la saturation et en maximisant les retombées économiques pour l’ensemble du pays.