La 22ème édition du Festival de la poésie arabe de Sharjah, qui se tient du 5 au 11 janvier 2026 au Palais de la Culture, a confirmé une nouvelle fois la vitalité intellectuelle du Royaume sur la scène culturelle moyen-orientale. Organisé sous le haut patronage de Son Altesse le Cheikh Sultan bin Mohammed Al Qasimi, cet événement littéraire majeur a vu le critique marocain Mehdi Laarej se distinguer lors de la remise du Prix Sharjah de la critique de la poésie arabe. Cette reconnaissance internationale souligne la qualité de la recherche académique marocaine dans le domaine des lettres, plaçant les penseurs du pays au premier plan du débat sur l’évolution de la poésie arabe contemporaine.
Une 22ème édition sous le signe de l’analyse et du verbe
Le Festival de la poésie arabe de Sharjah s’est imposé au fil des décennies comme un rendez-vous incontournable pour les lettrés du monde arabe : il ne s’agit pas d’une simple succession de récitals, mais d’un véritable baromètre de l’état de santé de la langue arabe. Pour cette édition 2026, le Département de la Culture de l’émirat a réuni plus de 80 poètes, critiques et hommes de lettres venus de divers horizons pour célébrer la parole poétique dans sa forme la plus pure. Si les matinées et les soirées sont rythmées par les déclamations, une place prépondérante est désormais accordée à l’analyse structurelle et théorique des œuvres, volonté affichée de l’émirat de ne pas dissocier la création artistique de la réflexion critique.
L’événement se déroule dans un contexte où la poésie arabe cherche son équilibre entre le respect rigoureux de la métrique traditionnelle (Al-Amoudi) et les nécessités du renouveau esthétique. Le choix du Palais de la Culture comme épicentre des festivités n’est pas anodin : il symbolise l’institutionnalisation de cet art et la volonté politique de préserver l’héritage immatériel que constitue la langue, une démarche qui rappelle l’attachement du Maroc à sa propre tradition poétique du Malhoun. Le Festival de Sharjah agit ainsi comme un conservatoire vivant, où les anciennes générations transmettent le flambeau aux nouvelles plumes, sous l’œil vigilant des critiques chargés d’analyser ces transitions stylistiques. C’est dans cette arène exigeante que la délégation marocaine a su tirer son épingle du jeu, confirmant que le Maroc reste une terre de production littéraire dense et structurée.
Mehdi Laarej : la rigueur critique récompensée
Le moment fort de cette édition pour la délégation marocaine a été l’annonce des lauréats de la 5ème édition du « Prix Sharjah de la critique de la poésie arabe ». Ce prix, distinct des récompenses purement poétiques, vise à honorer les chercheurs qui décortiquent les mécanismes de la création littéraire. Comme le détaillent les sources de l’événement, le chercheur marocain Mehdi Laarej a décroché la deuxième place pour son étude approfondie intitulée Le système de l’expérience poétique dans le poème arabe contemporain entre l’argument du renouveau et la scission du modèle. Ce travail de recherche s’attaque à une problématique centrale : comment la poésie moderne négocie-t-elle sa rupture ou sa continuité avec les canons classiques.
L’étude de Laarej a été saluée par le jury pour sa rigueur méthodologique et sa capacité à théoriser les tensions qui traversent le poème arabe actuel. En remportant ce prix, il succède à une lignée de critiques marocains souvent primés dans les pays du Golfe, prouvant la solidité de l’école critique marocaine qui allie souvent la maîtrise du patrimoine classique aux outils d’analyse modernes issus du structuralisme et de la sémiotique. Sur le podium, Mehdi Laarej figure aux côtés du Tunisien Mahrez Ben Mohsen Rachedi, lauréat de la première place, et du Mauritanien Al Hassan Mohammed Mahmoud, classé troisième, dessinant ainsi une géographie maghrébine de la critique littéraire particulièrement performante cette année.
Cette distinction offre une visibilité précieuse aux travaux de l’universitaire marocain : au-delà de la récompense financière, elle assure la publication et la diffusion de son ouvrage dans les cercles académiques du monde arabe, souvent dominés par les publications orientales. Le Festival de la poésie arabe de Sharjah joue ici pleinement son rôle de catalyseur, permettant aux thèses novatrices de circuler et d’enrichir le débat intellectuel régional.
Le Maroc, force vive de la scène littéraire arabe
La présence marocaine au Festival de la poésie arabe de Sharjah ne s’est pas limitée à la critique théorique : la création poétique pure a également été mise à l’honneur à travers le prix « Al Qawafi ». Cette distinction, qui récompense les meilleurs poèmes publiés durant l’année écoulée dans la revue du même nom, a vu deux plumes marocaines consacrées. Ces lauriers s’ajoutent aux distinctions littéraires récentes glanées par le Royaume, confirmant une dynamique exceptionnelle. Nawfal Al Saidi et Omar Al Raji ont été primés, rejoignant le cercle restreint des douze poètes distingués lors de cette édition. Leur sélection témoigne de la capacité des poètes marocains à maîtriser le verbe classique tout en y insufflant une sensibilité propre à leur terroir, évoquant parfois la puissance évocatrice de la poésie hassanie ou d’autres formes régionales.
La consécration simultanée d’un critique et de deux poètes lors de ce même événement illustre la complétude de l’écosystème littéraire marocain. Contrairement à d’autres nations qui brillent soit par leurs penseurs, soit par leurs artistes, le Maroc démontre à Sharjah qu’il maintient un équilibre fécond entre la pratique de l’art et son intellectualisation. La participation active des Marocains à ces instances permet également de renforcer le « Soft Power » culturel du Royaume, qui s’exporte efficacement à travers ses intellectuels et ses artistes.
En accueillant ces talents, le Festival de la poésie arabe de Sharjah confirme son statut de plateforme fédératrice. Pour les lauréats marocains, ces distinctions sont des accélérateurs de carrière, mais elles rappellent surtout que la poésie, loin d’être un art désuet, reste un champ de bataille intellectuel et esthétique où le Maroc occupe une position d’avant-garde. La clôture du festival, prévue le 11 janvier, marquera la fin d’une semaine où la parole marocaine aura résonné avec force dans les couloirs du Palais de la Culture.

