Agadir s’apprête à vivre au rythme des festivités du nouvel an amazigh, marquant l’avènement de l’année 2976 selon le calendrier agraire nord-africain. Prévues du 11 au 15 janvier 2026, ces célébrations revêtent une dimension stratégique particulière alors que la ville accueille simultanément des matchs de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2025). Organisé conjointement par la Commune urbaine, le Conseil régional de Souss-Massa et la Wilaya, cet événement culturel consolide le statut de jour férié officiel instauré par le Roi Mohammed VI, transformant la capitale du Souss en épicentre national de la commémoration de Yennayer.
Une programmation culturelle étendue à toute la ville
La métropole du Souss déploie pour cette édition un dispositif scénique qui dépasse le simple cadre du centre-ville touristique pour irriguer l’ensemble du tissu urbain. L’objectif affiché par les organisateurs est de créer une dynamique inclusive qui touche aussi bien les résidents des quartiers historiques que les visiteurs internationaux présents pour la compétition sportive continentale.
Des lieux emblématiques investis par la fête
La géographie des festivités a été pensée pour mailler le territoire gadiri de manière équilibrée. Si la place Al Amal demeure le point névralgique des grands rassemblements populaires, d’autres sites stratégiques accueillent des volets spécifiques du programme. Le cinéma Sahara, lieu de mémoire du quartier Talborjt, renoue avec sa vocation de foyer intellectuel en hébergeant des conférences académiques sur l’histoire du calendrier amazigh et les enjeux de la préservation linguistique.
Parallèlement, la Kasbah d’Agadir Oufella, récemment restaurée et accessible par téléphérique, sert de décor naturel à des animations mettant en valeur le patrimoine oral. Les quartiers périphériques comme Tikiouine et Bensergao ne sont pas en reste, bénéficiant de scènes décentralisées où se produisent des troupes d’Ahwach et de rways. Cette répartition spatiale volontariste vise à désengorger la zone balnéaire tout en affirmant que la célébration du nouvel an amazigh est avant tout une fête citoyenne, ancrée dans la vie quotidienne des habitants, avant d’être un produit d’appel touristique.
La soirée du 13 janvier : Lumières sur la baie
Le point d’orgue de cette semaine culturelle se concentre sur la soirée du 13 janvier, date charnière marquant le premier jour du calendrier julien en Afrique du Nord. La Corniche d’Agadir devient alors le théâtre d’un spectacle visuel de grande envergure. Contrairement aux années précédentes focalisées sur les feux d’artifice classiques, l’édition 2976 mise sur une chorégraphie de drones et de jeux de lumière, moins polluante et plus innovante, pour illuminer la baie.
Un appel officiel a été lancé par la commune incitant les citoyens et les visiteurs à porter les tenues traditionnelles marocaines durant cette soirée, transformant la promenade du bord de mer en une fresque vivante de l’artisanat textile régional. Cette initiative vise à renforcer le sentiment d’appartenance et à offrir une identité visuelle forte à l’événement. Le port du selham, de la djellaba ou des parures amazighes participe ainsi à une réappropriation collective de l’espace public, créant une atmosphère singulière qui distingue le nouvel an amazigh des autres célébrations du calendrier grégorien.
Id Yennayer : Rituels ancestraux et dimension sociale
Au-delà de l’aspect spectaculaire et scénique, Yennayer demeure fondamentalement une fête liée à la terre, aux cycles des saisons et à la solidarité communautaire. La programmation 2026 s’attache à préserver et à expliquer ces rituels, évitant ainsi la folklorisation d’une tradition millénaire qui structure encore la vie sociale dans l’arrière-pays du Souss.
Le partage de la Tagoula : Plus qu’un plat, un symbole
Au cœur des festivités se trouve la préparation et la dégustation collective de la Tagoula, un plat à base de céréales (souvent de l’orge ou du maïs) qui constitue le marqueur culinaire de Yennayer. Des stands de dégustation géants sont installés dans le jardin Ibn Zaydoun et sur les différentes places publiques pour offrir ce mets aux passants. La dimension symbolique de ce plat est expliquée aux néophytes : la Tagoula doit être consistante pour augurer une année agricole solide et prospère.
Le rituel inclut la dissimulation d’un noyau de datte, appelé « aghormi » ou « ighezdis », au cœur du plat unique partagé par la communauté. Selon la tradition, celui ou celle qui trouve ce noyau est désigné comme la personne chanceuse de l’année, à qui l’on confie symboliquement les clés de la gestion des réserves. En transposant ce rite domestique dans l’espace public urbain, Agadir perpétue la transmission d’un patrimoine immatériel menacé par l’uniformisation des modes de vie, rappelant que le nouvel an amazigh est avant tout une célébration de la fertilité et de l’espoir.
Une vitrine d’accueil pour l’Afrique
La coïncidence du calendrier plaçant Yennayer 2976 durant la Coupe d’Afrique des Nations offre une opportunité inédite de dialogue interculturel. Les organisateurs ont intégré cette dimension en orientant une partie de la programmation vers les racines communes entre la culture amazighe et les cultures subsahariennes. La Foire Africaine d’Agadir, qui se tient en parallèle du 10 au 17 janvier, sert de pont entre ces univers.
Les délégations de supporters et les touristes africains présents pour le football sont invités à participer aux rituels de Yennayer, découvrant les similitudes entre les célébrations agraires du Nord et du Sud du Sahara. Cette ouverture permet de positionner le nouvel an amazigh non pas comme un repli identitaire local, mais comme une composante majeure de l’identité africaine du Maroc. L’hospitalité, valeur cardinale de la culture amazighe, est mise en scène à travers des banquets communs où la cuisine locale côtoie les gastronomies des pays visiteurs, faisant d’Agadir un carrefour de rencontres continentales.
L’institutionnalisation d’une date clé pour l’économie locale
La reconnaissance officielle du nouvel an amazigh comme jour férié payé a radicalement changé la donne économique pour la région du Souss-Massa. Ce qui était autrefois une célébration familiale discrète est devenu un moteur d’activité, confirmant l’attractivité d’Agadir en hiver.
De la reconnaissance officielle à l’atout touristique
L’impact économique de cette semaine de festivités est désormais mesurable et significatif. L’Association du Festival Timitar, qui apporte son expertise technique à l’organisation, a professionnalisé l’événement pour en faire un produit d’appel structuré. Les hôtels de la station balnéaire enregistrent des taux d’occupation supérieurs à la moyenne saisonnière, attirant un tourisme national friand de redécouverte patrimoniale ainsi qu’une clientèle internationale curieuse.
Les retombées profitent directement aux coopératives artisanales locales qui voient leurs ventes de produits du terroir (huile d’argan, miel, amlou) et de créations textiles augmenter durant cette période. Le nouvel an amazigh agit comme un label de qualité et d’authenticité, valorisant le « Made in Souss » auprès d’une audience élargie. En structurant l’offre autour de cette date, les acteurs économiques d’Agadir réussissent le pari de désaisonnaliser l’activité touristique, prouvant que la culture et l’identité sont des leviers de développement durable aussi puissants que le balnéaire.

