Du 17 au 31 décembre 2025, une mission scientifique d’envergure a investi le site de Laghchiwat, dans la commune d’Amgala, pour mener une série de fouilles archéologiques inédites au sud d’Es-Semara. Pilotée par des enseignants-chercheurs de l’Université Ibn Zohr d’Agadir en collaboration avec l’Association Mirane, cette campagne a marqué un tournant méthodologique majeur en appliquant pour la première fois des techniques d’analyse stratigraphique aux monuments funéraires de la région. Au-delà de l’inventaire des célèbres gravures rupestres, ces travaux ont permis d’exhumer des données précieuses sur les pratiques mortuaires des populations anciennes, enrichissant considérablement la compréhension du patrimoine culturel du Maroc dans ses provinces du Sud.
Une bibliothèque de pierre à ciel ouvert
Le bestiaire du « Sahara Vert »
Le site de Laghchiwat, qui s’étend sur une quarantaine de kilomètres carrés, se distingue par sa géologie particulière faite de dalles de calcaire bleu-gris. Ce support rocheux a servi de toile aux populations préhistoriques qui y ont gravé un témoignage visuel saisissant d’une époque révolue, celle où le Sahara bénéficiait d’un climat humide et d’une végétation de savane. Le corpus iconographique recensé sur place est dominé par la grande faune sauvage éthiopienne. Les relevés confirment la présence abondante de girafes, parfois représentées en taille réelle atteignant trois mètres de haut, mais aussi d’éléphants, de rhinocéros et, fait plus rare, d’hippopotames. Ces représentations naturalistes, réalisées par piquetage, documentent avec précision la biodiversité d’un environnement radicalement différent de l’aridité actuelle. Vous pouvez d’ailleurs Découvrir le projet scientifique et les gravures de Laghchiwat (UMR Paloc) pour visualiser l’ampleur de ces travaux.
L’importance de ce site pour le patrimoine culturel du Maroc réside également dans la qualité technique des œuvres. Les graveurs ont su exploiter les reliefs naturels de la roche, utilisant fissures et veines de silice pour matérialiser les lignes dorsales ou les pattes des animaux. Outre la faune sauvage, les scènes de la vie pastorale abondent, montrant des troupeaux de bovins aux robes tachetées et des figures anthropomorphes armées d’arcs ou de lances. Ces images constituent une archive inaltérable des modes de vie des communautés de chasseurs-pasteurs qui ont occupé ces territoires durant le Néolithique, offrant aux chercheurs une matière première indispensable pour reconstituer les dynamiques de peuplement de l’Afrique du Nord.
Un site majeur découvert par les locaux
Si la reconnaissance scientifique internationale de Laghchiwat est relativement récente, sa préservation doit beaucoup à l’implication des acteurs locaux. La découverte et le signalement initial du complexe archéologique sont le fruit des prospections menées par les habitants et les passionnés de la région, notamment les membres de l’Association Mirane. Cette dynamique locale a été déterminante pour alerter les autorités compétentes sur la valeur exceptionnelle du gisement. Grâce à cette mobilisation, le site a bénéficié d’un classement au patrimoine national dès février 2017, une étape administrative cruciale qui a permis de sécuriser le périmètre et d’ouvrir la voie aux missions de recherche structurées.
L’intégration des savoirs locaux et la collaboration avec la société civile sont devenues des composantes essentielles de l’archéologie moderne dans le Royaume. La mission de décembre 2025 illustre parfaitement cette synergie : elle ne s’est pas contentée d’une approche académique descendante, mais a travaillé en étroite coordination avec le Conseil provincial d’Es-Semara et la Commission régionale des droits de l’Homme. Cette approche participative assure non seulement la protection physique des gravures face aux risques de dégradation anthropique, mais garantit aussi que la valorisation de ce patrimoine culturel du Maroc profite directement au développement territorial et touristique de la province.
Campagne de décembre 2025 : L’archéologie de la mort
Une première scientifique pour le Sahara marocain
La mission menée fin 2025 fera date dans l’histoire de l’archéologie saharienne par son ambition méthodologique. Jusqu’à présent, l’essentiel des efforts se concentrait sur le relevé et l’analyse de l’art rupestre. L’équipe dirigée par le professeur Abdelhadi Ewague a choisi de changer de focale en s’attaquant aux structures funéraires qui parsèment le paysage de Laghchiwat. Pour la première fois dans cette région, des fouilles approfondies ont été conduites sur des sépultures et des monuments funéraires en appliquant une méthode stratigraphique rigoureuse, s’ajoutant ainsi à la liste prestigieuse de l’Archéologie au Maroc : 5 découvertes majeures en 2025.
Cette approche consiste à décaper le sol couche par couche pour analyser la chronologie des dépôts sédimentaires et des interventions humaines. Contrairement aux ramassages de surface ou aux sondages ponctuels, la fouille stratigraphique permet de lire l’histoire du monument dans son épaisseur temporelle. Elle offre la possibilité de dater avec une plus grande précision les phases de construction, d’utilisation et d’abandon des tombes. Cette rigueur scientifique est indispensable pour dépasser les simples descriptions typologiques et entrer dans une véritable analyse historique des sociétés anciennes. Les résultats préliminaires obtenus grâce à cette méthode apportent des éclairages inédits sur l’architecture funéraire locale, révélant une complexité structurelle insoupçonnée sous les amas de pierres apparents.
Comprendre les rites des anciens pasteurs
L’étude des sépultures dépasse la simple question architecturale ; elle ouvre une fenêtre sur la spiritualité et l’organisation sociale des populations néolithiques. Les investigations menées durant cette quinzaine ont permis de collecter des données nouvelles sur les rites funéraires en vigueur à Laghchiwat. La disposition des corps, la présence éventuelle de mobilier d’accompagnement, l’orientation des tombes ou encore les traces de rituels post-inhumation sont autant d’indices que les archéologues ont méticuleusement documentés, enrichissant notre vision de l’Histoire du Maroc : Les découvertes archéologiques de 2025.
Ces éléments permettent de commencer à esquisser une anthropologie de la mort chez les anciens habitants de la Sakia El Hamra. Ils suggèrent l’existence de codes funéraires stricts et d’une hiérarchie sociale qui se reflète dans le traitement réservé aux défunts. En croisant ces données sépulcrales avec les scènes gravées sur les dalles voisines, les chercheurs peuvent désormais tenter de reconstruire une image plus globale de ces sociétés, où la gestion de la mort et la production artistique participaient d’un même système symbolique. Cette avancée majeure confirme la place centrale de la région d’Es-Semara comme conservatoire du patrimoine culturel du Maroc préhistorique.
Au-delà des gravures : L’identité urbaine d’Es-Semara
De la pierre gravée à l’architecture du XXe siècle
La mission de décembre 2025 s’est également distinguée par son approche holistique du patrimoine. Parallèlement aux fouilles préhistoriques, une partie de l’équipe s’est consacrée à la documentation de l’architecture urbaine du XXe siècle dans la ville d’Es-Semara. Ce volet, souvent éclipsé par la monumentalité de l’art rupestre, est pourtant essentiel pour comprendre la trajectoire historique de la cité. Es-Semara, fondée à la fin du XIXe siècle, possède un tissu urbain singulier qui témoigne des différentes strates de son histoire récente, de la période de la construction de la zaouïa de Ma El Aïnin aux développements de l’époque coloniale et post-indépendance.
L’objectif de cet inventaire est de mettre en lumière les caractéristiques architecturales qui forgent l’identité visuelle de la ville. Il s’agit de recenser les bâtiments emblématiques, d’analyser les techniques de construction et les styles décoratifs qui racontent l’adaptation des modes d’habiter modernes à l’environnement saharien. Cette démarche vise à intégrer le bâti récent dans la définition du patrimoine local, évitant ainsi une vision qui serait uniquement focalisée sur le passé lointain. Elle prépare le terrain pour une protection juridique de ces édifices et leur intégration dans les futurs circuits de tourisme culturel.
Former la relève scientifique
Enfin, cette mission a revêtu une dimension pédagogique fondamentale. Elle a servi de chantier-école pour les étudiants de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines d’Agadir. Sur le terrain, ces futurs professionnels ont bénéficié de formations théoriques et pratiques intensives. Ils ont été initiés aux techniques de relevé des dalles gravées, apprenant à documenter l’art rupestre sans l’altérer, ainsi qu’aux méthodologies de fouille archéologique appliquées aux contextes funéraires.
Cette transmission de savoir-faire est stratégique pour l’avenir de la recherche au Maroc. En formant une nouvelle génération d’archéologues spécialisés dans les contextes sahariens, l’Université Ibn Zohr assure la pérennité des travaux engagés, une démarche tout aussi cruciale que celle entreprise pour Volubilis : Découverte archéologique et histoire du Maroc. Ces étudiants, familiarisés avec les spécificités du terrain et les outils numériques de documentation, seront demain les garants de la préservation et de l’étude du patrimoine culturel du Maroc. L’investissement dans le capital humain apparaît ainsi comme le complément indispensable de la recherche scientifique pour sécuriser l’héritage historique des provinces du Sud.

