60 ans de peinture au Maroc : l’exposition événement à Rabat

Organisée du 6 au 29 janvier 2026, l’exposition événement « 60 ans de peinture au Maroc » marque le lancement de la saison culturelle dans la capitale en investissant simultanément quatre espaces majeurs de la ville. Initiée par le Syndicat Marocain des Artistes Plasticiens Professionnels (SMAPP) en partenariat avec le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, ainsi que la Fondation Al Mada et Bank Al-Maghrib, cette manifestation d’envergure réunit les œuvres de 150 artistes, offrant un panorama exhaustif de la création plastique nationale, des précurseurs de la modernité jusqu’aux talents émergents.

Un parcours réparti dans quatre lieux de mémoire

Une scénographie à l’échelle de la ville

L’originalité première de cet événement réside dans son refus du lieu unique. Pour appréhender la densité des « 60 ans de peinture au Maroc », le visiteur est invité à une déambulation urbaine qui relie des institutions aux identités architecturales et historiques distinctes. La Galerie nationale Bab Rouah, avec ses murs séculaires, ancre l’exposition dans l’histoire monumentale, tandis que la Villa des Arts de la Fondation Al Mada offre un cadre plus intimiste et contemporain.

Le parcours s’étend également au Musée Bank Al-Maghrib, habitué aux exigences de la conservation patrimoniale, et à la Galerie Bab El Kébir aux Oudayas. Ce dispositif éclaté ne relève pas seulement d’une nécessité logistique face au nombre d’œuvres exposées ; il force une redécouverte de la capitale à travers le prisme de l’art, transformant le tissu urbain en une vaste galerie à ciel ouvert où chaque étape complète la précédente.

Une mobilisation institutionnelle inédite

Le montage d’une opération d’une telle ampleur a nécessité une synergie rare entre les différents acteurs culturels du Royaume. Le Syndicat Marocain des Artistes Plasticiens Professionnels (SMAPP) joue ici un rôle de pivot, fédérant les énergies autour d’un projet commun : la valorisation du patrimoine plastique. La collaboration avec des institutions financières et culturelles comme la Fondation Al Mada et Bank Al-Maghrib démontre une volonté de structurer le secteur au-delà des initiatives privées isolées. Cette union des compétences permet de surmonter les défis techniques inhérents à l’exposition de 150 artistes, allant de la sécurisation des œuvres à l’uniformisation de la médiation culturelle sur quatre sites distants.

Six décennies de création : des pionniers à la relève

Le dialogue des générations

Le cœur du propos curatorial repose sur la confrontation temporelle. L’exposition « 60 ans de peinture au Maroc »  dépasse un ordre linéaire d’exposition chronologique ; elle crée des liens visuels entre les époques. Les visiteurs peuvent y lire l’évolution des courants esthétiques qui ont traversé le pays, depuis les premières ruptures abstraites de l’École de Casablanca, qui ont défini la modernité marocaine post-indépendance, jusqu’aux recherches figuratives et conceptuelles actuelles.

Cette mise en regard permet de mesurer le chemin parcouru. Les œuvres des pionniers, souvent chargées d’une quête identitaire forte, dialoguent avec celles d’une jeune génération décomplexée, ouverte sur les techniques mixtes et les problématiques globales. C’est toute la vitalité de la scène artistique qui est ici disséquée, prouvant que la peinture, loin d’être un art du passé, reste un médium privilégié pour interroger la société marocaine contemporaine.

Au-delà de l’exposition, l’archivage

Conscient que l’événementiel est par nature éphémère, le comité d’organisation a doublé l’exposition d’un travail éditorial conséquent. Un beau-livre rétrospectif est publié pour accompagner l’événement, agissant comme une mémoire tangible de ces « 60 ans de peinture au Maroc ». Dans un contexte où l’histoire de l’art locale souffre parfois d’un manque de documentation structurée, cet ouvrage  ne fait pas seulement figure de catalogue. Il se veut un outil de référence pour les chercheurs, les collectionneurs et les étudiants, fixant pour la postérité une sélection d’œuvres qui, une fois l’exposition terminée, retourneront dans des collections privées ou des réserves muséales inaccessibles au public.

L’ambition d’une culture de proximité

Une itinérance nationale programmée

Si Rabat a le privilège d’inaugurer cette rétrospective, l’ambition des organisateurs dépasse largement le cadre de la capitale administrative. L’exposition a été pensée dès sa genèse comme un dispositif itinérant. Après le 29 janvier, les œuvres entameront une tournée nationale qui les mèneront vers d’autres pôles urbains majeurs, notamment Casablanca, Tanger et Marrakech, mais aussi vers les provinces du Sud, avec une étape prévue à Laâyoune. Cette itinérance répond à une critique récurrente sur la centralisation de l’offre culturelle, en exportant une production artistique de qualité muséale vers des publics qui en sont souvent éloignés.

Démocratiser l’accès aux œuvres

L’accès à ces lieux d’exposition, pour la plupart publics ou relevant de fondations d’utilité publique, garantit une ouverture au plus grand nombre. L’objectif affiché est de briser le plafond de verre qui sépare souvent le grand public des galeries d’art commerciales. En investissant des lieux de passage et de patrimoine identifiés par les citoyens, l’événement « 60 ans de peinture au Maroc » cherche à désacraliser l’entrée au musée. Il s’agit de permettre aux scolaires, aux familles et aux curieux de s’approprier une part de leur héritage culturel visuel, pour faire de la contemplation esthétique et la découverte du patrimoine culturel national un droit citoyen plutôt qu’un privilège d’initiés.