Gastronomie et patrimoine : 12 sites historiques du Maroc

Le Maroc engage une transformation profonde de son approche muséale et touristique, qui allie expérience gastronomie et contemplation des vestiges du passé. Sous l’impulsion du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, une initiative d’envergure vient d’être lancée pour repenser l’expérience visiteur au cœur des monuments nationaux. L’objectif est clair : insuffler une nouvelle vie aux pierres séculaires en y intégrant des espaces de vie et de convivialité. Ce projet ambitieux prévoit l’aménagement, l’équipement et l’exploitation de cafés-restaurants au sein de douze sites emblématiques du Royaume, scellant ainsi une alliance inédite entre l’excellence de l’hospitalité marocaine et la grandeur de son héritage architectural.

Une stratégie de valorisation par l’expérience in situ

La vision qui sous-tend ce projet dépasse la simple logique commerciale ou l’ajout de commodités fonctionnelles. Il s’agit d’une véritable relecture de la médiation culturelle. En invitant le public à s’attarder, à s’asseoir et à déguster des mets au cœur de l’histoire, les autorités de tutelle cherchent à créer une immersion sensorielle complète. La gastronomie et patrimoine du Maroc ne sont plus envisagés comme deux entités distinctes — l’une dans l’assiette, l’autre sur les murs — mais comme les composantes indissociables d’un art de vivre. Cette démarche vise à prolonger la durée des visites, souvent trop fugaces, et à ancrer le souvenir du lieu à travers l’expérience gustative, transformant un simple passage touristique en un moment de mémoire.

L’expertise de la SDR Souss-Massa au service du national

Pour orchestrer ce déploiement complexe qui couvre l’ensemble du territoire national, le choix du maître d’ouvrage délégué s’est porté sur une entité disposant d’une expertise technique avérée. C’est la Société de Développement Régional (SDR) du Tourisme Souss-Massa qui a été mandatée pour piloter cet appel à manifestation d’intérêt. Ce choix de confier à un acteur régional une mission d’envergure nationale, témoigne d’une volonté de centraliser le pilotage technique pour garantir une cohérence dans la qualité des prestations, tout en respectant les spécificités locales de chaque site.

La SDR Souss-Massa a ainsi la charge de superviser la sélection des futurs exploitants, s’assurant que ces derniers possèdent les capacités financières et le savoir-faire nécessaires pour opérer dans des environnements aussi sensibles. Le défi est de taille : il ne s’agit pas d’installer des infrastructures standardisées, mais de concevoir des espaces qui dialoguent respectueusement avec le bâti existant. Le cahier des charges impose une rigueur absolue, car l’intervention dans des sites classés, parfois millénaires, ne souffre aucune approximation architecturale ou esthétique.

Un modèle économique fondé sur la délégation

L’initiative repose sur un partenariat public-privé pragmatique. En déléguant l’exploitation de ces espaces à des professionnels de la restauration via un Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI), l’État cherche à optimiser la gestion de ses actifs culturels. Cette externalisation permet de garantir un niveau de service conforme aux standards internationaux, tout en générant des redevances qui contribueront à l’entretien et à la sauvegarde des monuments eux-mêmes.

C’est un cercle vertueux où la gastronomie et le patrimoine du Maroc se nourrissent mutuellement : l’attractivité du monument draine une clientèle pour le restaurant, et la qualité de la table renforce le prestige du site. Ce modèle économique, déjà éprouvé dans les grandes capitales culturelles mondiales, permet aux institutions de se concentrer sur leur mission première de conservation, tout en bénéficiant de l’agilité du secteur privé pour l’animation et l’accueil. Les retombées attendues sont multiples : création d’emplois locaux, valorisation des produits du terroir et diversification de l’offre touristique nationale.

Douze joyaux architecturaux pour une escale gourmande

La liste des douze sites retenus pour cette première phase dessine une cartographie fascinante de la richesse historique du Royaume. Elle traverse les époques, depuis les vestiges de l’Antiquité jusqu’aux demeures du début du XXe siècle, et embrasse une diversité géographique qui va de la côte atlantique aux cités impériales de l’intérieur. Chaque lieu possède une « âme » propre, une atmosphère singulière que les futurs aménagements devront préserver et sublimer.

De Volubilis à la Villa Perdicaris : un parcours éclectique

Parmi les sites phares figurent les cités antiques, témoins de la présence romaine et maurétanienne. Le site archéologique de Volubilis, près de Meknès, avec ses mosaïques exceptionnelles et son arc de triomphe, offrira un cadre majestueux pour une halte culinaire face aux plaines du Zerhoun. Plus au nord, le site de Lixus à Larache, surplombant les méandres du fleuve Loukkos, promet une expérience où l’histoire se mêle aux panoramas naturels grandioses. À Casablanca, c’est le site préhistorique de Sidi Abderrahmane qui s’ouvrira à cette nouvelle dynamique, intégrant la dimension archéologique au cœur de la métropole moderne.

L’architecture impériale et militaire occupe une place prépondérante dans cette sélection. À Marrakech, le somptueux Palais El Badii, joyau de l’époque saadienne, et le Pavillon de la Ménara, emblème des jardins de l’Agdal, accueilleront ces nouveaux espaces de vie. À Meknès, les impressionnants Greniers de Moulay Ismaïl (Heri Es-Souani) offriront une ambiance monumentale, tandis que Borj Cheikh Ahmed à Fès permettra de dominer la ville spirituelle. Les fortifications côtières ne sont pas en reste, avec la Sqala de la Kasbah à Essaouira, bastion face à l’océan, ou encore le monument Sidi El Mendri à Tétouan et la Kasbah de Chefchaouen, nichée dans les montagnes du Rif. Enfin, la Villa Perdicaris à Tanger, avec son parc luxuriant surplombant le détroit, apportera une touche romantique et Belle Époque à cette constellation de lieux d’exception, prouvant que la gastronomie et patrimoine du Maroc peuvent s’exprimer dans des registres esthétiques très variés.

Un cahier des charges soucieux de l’intégrité patrimoniale

L’introduction de fonctions commerciales dans des monuments historiques exige une délicatesse extrême. Les futurs exploitants devront se soumettre à des contraintes strictes pour ne pas dénaturer les lieux. L’intégration paysagère, le choix des matériaux, la gestion des flux et la réversibilité des aménagements seront scrutés à la loupe. Il ne s’agira pas de construire des structures lourdes, mais d’investir des espaces existants ou de créer des aménagements légers qui se fondent dans le décor.

Sur le plan culinaire, l’attente est tout aussi élevée. Si les menus ne sont pas figés, l’esprit de l’initiative suggère une mise en valeur de la cuisine marocaine, qu’elle soit traditionnelle ou revisitée. Mais il serait incohérent de servir une cuisine standardisée dans des lieux chargés d’une telle identité. L’alliance entre la gastronomie et le patrimoine du Maroc implique une cohérence narrative : le visiteur qui arpente les ruines de Volubilis ou les jardins de la Ménara s’attend à retrouver dans son assiette les saveurs, les épices et le savoir-faire qui font la réputation du Royaume. C’est donc un défi de créativité qui est lancé aux entrepreneurs : inventer une restauration qui soit à la hauteur de l’histoire qui l’accueille.