Du 4 au 7 décembre 2025, l’Institut français du Maroc fait résonner Casablanca au rythme des voix, des récits et des paysages sonores pour la deuxième édition du Festival Amwaj. Dédié au podcast, à la création sonore et à l’art de l’écoute, l’événement affirme la montée en puissance d’un écosystème audio qui cherche, au Maroc, à se structurer, se raconter et se projeter.
Festival Amwaj : un rendez-vous structurant pour le son marocain
Une 2ᵉ édition ambitieuse, ancrée à Casablanca (4–7 décembre 2025)
La deuxième édition du Festival Amwaj s’annonce comme un moment charnière pour la création sonore dans le Royaume. Organisé du 4 au 7 décembre 2025 à Casablanca, au sein de l’Institut français du Maroc, il déploie une ambition claire : faire du son un espace d’idées, un terrain artistique et un outil d’exploration du réel.
L’événement, fruit d’une collaboration entre l’association Longueur d’Ondes (Brest) et le studio casablancais Les Bonnes Ondes, réunit une cinquantaine d’intervenants marocains et internationaux. Dès 2023, Amwaj avait posé les bases d’un espace d’écoute pluriel : en 2025, il affirme sa volonté d’inscrire durablement la création sonore dans le paysage culturel marocain.
Partenariats stratégiques : Longueur d’Ondes & Les Bonnes Ondes
La structure même du festival repose sur une coopération transméditerranéenne. Longueur d’Ondes apporte son expérience du documentaire sonore et de la création radiophonique, tandis que Les Bonnes Ondes, studio pionnier à Casablanca, impulse une vision profondément locale.
Ces deux pôles permettent au festival d’articuler transmission, innovation et mise en réseau, tout en façonnant une scène où les savoir-faire se croisent, circulent et se réinventent.
Une programmation foisonnante pour un public large et varié
Conférences, masterclass, installations : le podcast comme art sonore
La programmation 2025 témoigne d’une densité rare : expositions immersives, tables rondes, écoutes collectives, performances, concerts, ateliers et rencontres avec des créateurs.
Parmi les moments forts, l’exposition Entre nos mains de Badr El Hammami offre une immersion dans des mémoires amazighes et quotidiennes, tandis que Azmz réunit la troupe féminine Ahwach Bnat Louz et le duo électronique Raskas dans une création hypnotique entre tradition et expérimentations de la musique.
Les conférences ne sont pas en reste : Omar Ouahmane évoque les bouleversements du Moyen-Orient ; M’Barek Bouhchichi et Nawal Benali questionnent la place des communautés noires au Maghreb ; Sonia Kronlund partage les coulisses de son travail documentaire sonore.
Jeune public, initiation, diversité des langues et des perspectives
Amwaj s’adresse autant aux spécialistes qu’aux curieux. Les spectacles pour enfants, les rencontres scolaires et les ateliers pédagogiques élargissent l’audience du festival et favorisent l’initiation à l’écoute.
La diversité linguistique — arabe, amazighe, français, anglais — reflète l’ouverture du festival à toutes les sensibilités. Cette pluralité constitue l’un de ses atouts majeurs : elle témoigne d’un paysage sonore marocain en pleine expansion, où émergent de nouvelles manières de dire le monde.
Podcast au Maroc : l’éclosion d’un média en quête d’identité
Croissance de l’audience, mais absence de structuration économique
L’essor du Festival Amwaj accompagne une dynamique plus large : celle du podcast marocain. Depuis quelques années, des projets comme Radio Maârif, Shape Your Career ou Na3na3 Podcast ont su fédérer des publics fidèles.
Pourtant, le secteur reste encore fragile. Les plateformes ne fournissent pas de données précises sur les audiences marocaines ; les modèles économiques reposent souvent sur des partenariats éphémères ou des financements personnels. Produire un podcast exige des compétences multiples — écriture, enregistrement, montage, sound design — encore peu valorisées.
Vers une professionnalisation : événements, studios, communautés
Dans ce contexte, Amwaj agit comme une force de structuration. Il offre un espace de visibilité, de formation et de réflexion stratégique.
Les studios émergents, les communautés d’auteurs et les institutions culturelles trouvent dans le festival une plateforme commune pour penser l’avenir du son au Maroc. Le dialogue avec la scène française, plus mature, favorise la transmission de compétences et la circulation d’idées qui nourrissent la professionnalisation du secteur.
Le rôle d’Amwaj dans la consolidation d’un écosystème audio national
Visibilité, formation, rencontres — une dynamique institutionnelle
Ce festival n’est pas un simple rendez-vous culturel : il fonctionne comme un véritable laboratoire. Les échanges entre créateurs, journalistes, chercheurs, ingénieurs du son ou producteurs donnent naissance à des réseaux et à des collaborations.
La formation occupe une place centrale, et les sessions dédiées aux jeunes professionnels contribuent à ouvrir de nouveaux horizons métier dans un domaine encore peu institutionnalisé.
Faire entendre des voix diverses : mémoire, culture, identité, société
Au fil des journées, Amwaj révèle une ambition profonde : faire du son un espace de pluralité. Les récits amazighs et afro-maghrébins, les histoires du vivant, les mémoires intimes, les enquêtes de terrain ou les fictions radiophoniques participent d’une même volonté d’élargir les récits marocains.
En ce sens, Amwaj s’impose comme un lieu où se fabriquent de nouvelles manières d’écouter et de raconter — un espace où la création sonore devient un outil critique, culturel et politique.

