En tant que collectif de la société civile engagé dans la sauvegarde et la valorisation du patrimoine culturel marocain, nous exprimons notre profonde préoccupation face à ce qui apparaît, sous couvert de simples ajustements terminologiques, comme une nouvelle tentative d’appropriation culturelle de la part des autorités algériennes. Les initiatives récemment engagées pour réintituler deux dossiers déjà inscrits au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, en y ajoutant rétroactivement le terme « caftan », ne relèvent nullement d’une clarification linguistique. Elles constituent une démarche porteuse de confusion visant à s’approprier un élément identitaire majeur du patrimoine marocain.
Cette dynamique s’inscrit dans une pratique désormais récurrente consistant à altérer des concepts établis, modifier des appellations reconnues et recourir à des lectures inexactes afin d’étayer des revendications dépourvues de fondement. De telles manœuvres ne contribuent ni à la protection des communautés détentrices ni à la promotion de la diversité culturelle que la Convention de 2003 entend défendre.
Nous rappelons à cet égard plusieurs éléments factuels :
1. Le dossier algérien de 2012, le costume nuptial de Tlemcen
Le terme « caftan » y désigne une veste courte, considérée comme un accessoire intégré à l’ensemble vestimentaire décrit. Il ne s’agit en aucun cas d’une robe, ni de l’élément central de ce costume, mais d’une simple pièce parmi d’autres.
La volonté soudaine d’intégrer le mot « caftan » dans le titre, treize ans après l’inscription du costume, traduit clairement une stratégie de réappropriation terminologique. L’ancienneté du dossier démontre d’ailleurs qu’aucune « précision linguistique » n’a jamais été jugée nécessaire, jusqu’à l’année 2025, qui coïncide précisément avec l’examen du dossier marocain dédié au Caftan marocain.
2. Le dossier algérien de 2024 : la Gandoura et la Melahfa de l’Est
Dans ce dossier, les éléments centraux mis en valeur sont la gandoura et la melahfa. Les contenus iconographiques officiels du dossier comme de la communication qui l’accompagne sur le site officiel de l’UNESCO se concentrent exclusivement sur ces deux tenues.
L’introduction d’une photographie hors contexte d’un caftan marocain Ntaâ pour illustrer la broderie mejboud ne reposait sur aucune justification ethnographique. Elle relevait clairement d’une manœuvre visant à associer artificiellement l’élément « caftan » à un dossier qui n’en traite pas.
Cette tentative d’appropriation avait déjà été soulevée l’année dernière, lors de la 19ème session du Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.
3. Réaction de la société civile
Une pétition en ligne, dénonçant ces modifications rétrospectives, a déjà recueilli près de 35 000 signatures en moins de dix jours, confirmant la mobilisation citoyenne autour de la défense du patrimoine marocain.
4. Le dossier marocain de 2025 : le Caftan marocain
Le Royaume du Maroc a déposé un dossier d’inscription intitulé « Le Caftan marocain, art, traditions et savoir-faire », résultat d’un travail scientifique d’envergure mobilisant chercheurs, institutions patrimoniales, artisans et communautés détentrices. Cette démarche s’appuie sur une historiographie claire, une méthodologie rigoureuse et une documentation exhaustive.
5. Analyses indépendantes et alertes internationales
Nos préoccupations rejoignent celles formulées par plusieurs études indépendantes, dont le rapport de l’Institut Choiseul « Stratégies culturelles des États ». Ce dernier met en lumière la mise en place par les autorités algériennes d’une stratégie numérique coordonnée visant à brouiller les origines du caftan marocain : campagnes ciblées sur les réseaux sociaux, mobilisation de réseaux d’influenceurs en 2022–2023, pressions organisées pour discréditer les voix critiques et instrumentalisation des outils de l’UNESCO à des fins de légitimation culturelle.
Ces constats sont corroborés par l’article de L’Express, publié le 19 octobre et intitulé « Quand le Maroc et l’Algérie exportent leur rivalité culturelle ». Cet article met en évidence ce qu’il qualifie d’“offensives symboliques” et de stratégies de parasitage visant à brouiller ou détourner l’origine d’éléments identitaires marocains. Il y est souligné que ces actions s’inscrivent dans une compétition géopolitique et culturelle où l’Algérie multiplie les tentatives pour exploiter les mécanismes internationaux, dont ceux de l’UNESCO, afin de créer une ambiguïté autour du caftan marocain et d’autres éléments patrimoniaux.
6. Une réalité économique qui dément les narratifs algériens
Il convient de rappeler que l’Algérie est aujourd’hui le premier importateur de vêtements traditionnels marocains, ainsi que des composants nécessaires à leur confection (sfifa, ʿaqad, dfira, tarz). Cette dépendance économique confirme, par elle-même, l’absence d’un savoir- faire autochtone lié au caftan, contrairement à ce que certaines démarches cherchent à laisser croire.
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Nous réaffirmons donc notre opposition ferme à l’ajout rétroactif du terme « caftan » dans les deux dossiers algériens déjà inscrits. Une telle modification ne pourrait être envisagée que dans le strict respect des procédures formelles de réévaluation de l’UNESCO — et certainement pas pour légitimer a posteriori des constructions culturelles artificielles.
Notre collectif demeure pleinement engagé pour la préservation, la transmission et la valorisation du patrimoine culturel marocain, dans un cadre multilatéral fidèle aux principes et à l’intégrité des mécanismes de l’UNESCO.
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Signataires :
- « My Morrocan Heritage »
- « L’Association des artisans d’art français »
- « Cultures du Maroc »
- « Empreintes et influences »

