À Essaouira, l’arganier n’est pas seulement un arbre emblématique du paysage : il est le témoin vivant d’une histoire humaine qui remonte à plus de 150 000 ans. Des fouilles archéologiques aux savoir-faire féminins transmis jusqu’à aujourd’hui, cette espèce endémique révèle un patrimoine écologique, technique et culturel d’une rare profondeur. Entre continuités préhistoriques, traditions ancestrales et enjeux contemporains de durabilité, l’arganier apparaît comme l’un des piliers identitaires du sud-ouest marocain — un arbre, un territoire, une mémoire.
Origines et archéologie du arganier à Essaouira
Le cadre géographique et botanique de l arganier
Le terme « arganier » désigne l’arbre endémique Argania spinosa, qui croît quasi exclusivement dans le sud-ouest du Maroc, notamment autour d’Essaouira, Agadir et la vallée du Souss. Il occupe un écosystème de type semi-aride, avec un rôle crucial dans la protection des sols contre l’érosion et la désertification. Cet arbre constitue une véritable ressource naturelle, mais aussi un patrimoine culturel vivant dont les usages sont intimement liés à la communauté locale.
Les fouilles de Bizmoune, de Jbel Lahdid et la datation à 150 000 ans
Des recherches archéologiques menées récemment dans la région d’Essaouira ont mis en lumière l’ancienneté exceptionnelle de l’exploitation du arganier. Une conférence scientifique à Bayt Dakira a annoncé que l’usage de cet arbre remonterait à plus de 150 000 ans. Les sites de Bizmoune et Jbel Lahdid avaient déjà livré des objets de parure datant de 142 000-150 000 ans, et les études en cours montrent que le savoir-faire lié à l’arganier est partie intégrante de cette histoire.
L’équipe de l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine (INSAP) a utilisé des analyses de restes organiques et d’archives végétales pour démontrer la présence continue de l’arganier dans le paysage local sur cette très longue période.
Preuves matérielles : restes organiques, parures, techniques de transformation
Les études font apparaître que les populations préhistoriques n’avaient pas simplement accès à l’arganier comme élément de paysage : elles avaient développé une technologie liée à cet arbre — transformation des fruits, extraction de l’huile ou d’autres usages, probablement cosmétiques ou alimentaires. Certains fragments organiques attestent la persistance de cette espèce, ce qui suggère que le savoir-faire autour du arganier s’inscrit dans une continuité de transmission culturelle.
Le savoir-faire lié à l arganier — gestes, usages et transmission
Usages traditionnels alimentaires, cosmétiques et artisanaux de l arganier
Le arganier a généré depuis des siècles de multiples usages : son fruit donne l’huile d’argan, utilisée à la fois en cuisine, pour la santé et en cosmétique. L’article de l’UNESCO rappelle que les pratiques et savoir-faire liés à l’arganier (cueillette, broyage, pressage) sont transmis de génération en génération. Ainsi, le mot-clé « arganier » renvoie non seulement à un arbre mais à tout un ensemble de gestes, de traditions, de transmissions.
Les femmes de l’arganeraie et la transmission intergénérationnelle
La filière du arganier s’appuie largement sur des coopératives féminines dans la zone de l’arganeraie. Ces femmes perpétuent un savoir-faire ancestral, qui relie aujourd’hui patrimoine culturel et valorisation économique. En outre, la reconnaissance de ces savoir-faire par l’UNESCO en 2014 souligne la dimension patrimoniale de cet héritage.
De l’arbre à l’huile : les étapes du fruit de l’arganier à l’huile d’argan
La production d’huile d’argan commence par la cueillette des fruits du arganier, puis le séchage, la décoquille, le broyage et la pression. L’huile qui en résulte sert tant à l’alimentation qu’à la cosmétique. Ce processus complexe illustre bien comment le arganier est bien plus qu’un arbre alimentant l’économie : il incarne un patrimoine technique et culturel, un savoir-faire ancien qui trouve ses racines dans la préhistoire.
Valorisation, reconnaissance et enjeux contemporains de l arganier
Patrimoine immatériel et réserve de biosphère : l’arganier inscrit par l’UNESCO
La zone de l’arganeraie est classée « Réserve de biosphère » par l’UNESCO depuis 1998, et les « pratiques et savoir-faire liés au arganier » sont inscrites au patrimoine culturel immatériel de l’humanité depuis 2014. Cette double reconnaissance souligne l’importance écologique, patrimoniale et culturelle de l’arbre.
La filière économique, les coopératives et les défis de durabilité
La filière arganier s’est fortement développée, notamment via les huiles d’argan à usage alimentaire et cosmétique. Cependant, la pression sur les ressources, les défis liés à la préservation de la forêt d’arganiers et la valorisation équitable de la production restent des enjeux majeurs. Le terme « arganier » renvoie aujourd’hui aussi à des enjeux de durabilité et de développement local.
Menaces, protection et la place de l arganier face au changement climatique
Malgré sa grande résistance, l’arganier est confronté à des menaces liées aux changements climatiques, à la surexploitation ou à la réduction de sa densité dans certaines zones. Assurer la pérennité du savoir-faire lié au arganier implique donc non seulement de valoriser l’arbre mais de protéger l’écosystème, de garantir la transmission des usages et de soutenir les communautés locales.
Un arbre, un territoire, un héritage
Une continuité depuis la préhistoire
Le arganier se présente comme un élément fondateur de l’histoire humaine de la région d’Essaouira : un arbre exploité il y a plus de 150 000 ans, dont le savoir-faire a été transmis jusqu’à nos jours. Ce lien profond entre nature, technique et culture donne à cette plante un statut particulier.
Vers une valorisation durable du savoir-faire de l arganier
Aujourd’hui, valoriser l’arganier c’est honorer cette continuité ancestrale, soutenir les communautés rurales, préserver l’écosystème et faire du mot « arganier » un vecteur de patrimoine vivant. L’arbre continue d’enseigner : savoir faire rimer avec transmission, usage rimer avec durabilité.

