L’intégration officielle de Casablanca au Réseau mondial des villes apprenantes de l’UNESCO (GNLC) marque un tournant dans la gestion des politiques publiques de la métropole économique. Validée fin 2025, cette reconnaissance honorifique engage la commune sur une feuille de route exigeante pilotée par l’Institut de l’UNESCO. Face aux défis d’une urbanisation galopante, la mairie déploie une stratégie transversale qui transforme l’espace urbain en terrain d’éducation permanente, articulée autour de trois axes prioritaires : la transition écologique par l’école, l’inclusion numérique des populations vulnérables et le soutien à l’entrepreneuriat des jeunes.
L’écologie comme salle de classe : le modèle « green schools »
La pierre angulaire de cette nouvelle stratégie repose sur l’éducation au développement durable dès le plus jeune âge. La ville a identifié l’infrastructure scolaire comme le premier levier de changement comportemental face à l’urgence climatique. Ce volet ne se limite plus à des actions de sensibilisation ponctuelles mais s’inscrit dans un programme structuré et chiffré, confirmant l’intégration officielle de Casablanca aux standards internationaux, validé par les experts onusiens pour son potentiel de reproductibilité.
25 000 élèves formés au développement durable
Le programme « green schools » constitue la mesure phare de ce volet environnemental. Actuellement déployé dans 48 établissements scolaires de la métropole, ce dispositif touche directement 25 000 élèves. L’approche pédagogique privilégie l’apprentissage par la pratique. Les élèves y sont formés aux techniques de tri sélectif, au compostage et à la gestion rationnelle des ressources. Les établissements concernés ont été équipés pour devenir des laboratoires témoins : installation de panneaux photovoltaïques pour l’autonomie énergétique et création de jardins pédagogiques où les enfants apprennent les cycles du vivant. L’objectif affiché par la ville membre du Réseau mondial des villes apprenantes de l’UNESCO est de créer une génération d’éco-citoyens capables de répliquer ces gestes au sein de leurs foyers, créant ainsi un effet démultiplicateur dans les quartiers résidentiels.
« Jeudi propre » et réutilisation des eaux : l’apprentissage par l’exemple
Au-delà des murs de l’école, la municipalité tente de transformer ses propres services techniques en supports pédagogiques. L’initiative « Jeudi propre » a été institutionnalisée pour inculquer le civisme par l’action collective, impliquant les associations de quartier dans le maintien de la salubrité publique. Parallèlement, dans un contexte de stress hydrique chronique, la gestion des espaces verts devient un outil d’éducation à la rareté. L’utilisation des eaux usées épurées (STEP) pour l’arrosage des parcs publics n’est plus seulement présentée comme une nécessité technique, mais expliquée aux usagers comme un modèle d’économie circulaire. Des panneaux signalétiques et des campagnes d’information in situ expliquent le circuit de l’eau, transformant la promenade dominicale en leçon d’hydraulique urbaine et de responsabilité écologique.
L’inclusion numérique et sociale : cibler les populations fragiles
Le concept de ville apprenante exige de réduire la fracture des connaissances qui marginalise certaines franges de la population. Casablanca, pôle technologique du Royaume, paradoxalement marqué par des disparités d’accès au savoir, a orienté ses programmes vers deux cibles prioritaires : les femmes éloignées de l’emploi et la santé publique pour tous.
« Femmes Digitales de Casa » : l’émancipation par le code
Pour répondre au déficit de compétences numériques, le programme « Femmes Digitales de Casa » vise spécifiquement l’employabilité des femmes par la Tech. Ce dispositif part du constat que les métiers du numérique offrent des opportunités d’insertion rapide mais restent souvent inaccessibles aux femmes sans qualification préalable. Le programme propose des formations intensives et gratuites, allant de l’alphabétisation numérique de base jusqu’au codage informatique et au marketing digital. En dotant ces bénéficiaires de compétences techniques recherchées, la ville apprenante ne fait pas de l’assistanat mais de l’investissement social, permettant à ces femmes de basculer vers l’auto-emploi ou le télétravail, modes d’activités particulièrement adaptés aux contraintes des foyers monoparentaux ou des zones périphériques.
« Casablanca in Shape » : la santé publique s’invite dans les parcs
L’apprentissage tout au long de la vie englobe également la gestion de son capital santé. Avec « Casablanca in Shape », la municipalité redéfinit l’usage des espaces publics. Les parcs et jardins ne sont plus de simples lieux de détente passifs mais deviennent des plateaux sportifs encadrés. Des sessions de sport gratuites, animées par des coachs professionnels, sont organisées pour lutter contre la sédentarité et les maladies chroniques (diabète, hypertension) qui touchent une part croissante de la population urbaine. Ce programme inclut un volet éducatif sur la nutrition et l’hygiène de vie, démocratisant l’accès aux conseils de santé habituellement réservés aux salles de sport privées ou aux consultations médicales.
L’entrepreneuriat : transformer le savoir en emploi
Le troisième pilier de la stratégie casablancaise s’attaque au chômage des jeunes par le prisme de l’autonomie. Dans une ville où le marché du travail salarié est saturé, la municipalité parie sur la capacité des jeunes à générer leur propre activité économique pour répondre aux aspirations des jeunes. Le statut de ville apprenante sert ici de catalyseur pour structurer un écosystème d’accompagnement souvent dispersé.
Le pari de l’autonomisation des 22-40 ans
Lancé en septembre 2025, le programme d’autonomisation économique cible spécifiquement la tranche d’âge des 22-40 ans. Contrairement aux guichets d’emploi classiques, ce dispositif fonctionne comme un incubateur public décentralisé. Il offre un accompagnement technique pour la création d’Activités Génératrices de Revenus (AGR), couvrant toutes les étapes du projet : de l’idéation à la formalisation juridique, en passant par l’étude de marché et la recherche de financement. En formant les jeunes aux mécanismes de l’entrepreneuriat, la ville cherche à transformer des demandeurs d’emploi en créateurs de valeur locale. Ce programme s’appuie sur le réseau des centres socioculturels de proximité, transformés pour l’occasion en tiers-lieux d’innovation et de formation professionnelle, ancrant ainsi la dynamique économique au cœur des quartiers.

