L’année 2025 restera gravée comme un tournant décisif pour la recherche archéologique dans le Royaume, marquée par une série de découvertes qui bousculent les paradigmes établis et offrent une lecture inédite du passé national. Des rives de la Méditerranée aux confins du Tafilalet, les campagnes de fouilles menées conjointement par l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine (INSAP) et diverses équipes internationales ont mis au jour des vestiges qui réécrivent des chapitres entiers de l’histoire du Maroc. Loin de la vision obsolète d’un développement impulsé exclusivement par les colonisations antiques, ces nouvelles données révèlent une dynamique locale puissante, des structures étatiques précoces et une connectivité méditerranéenne insoupçonnée, s’étendant de la Préhistoire jusqu’à l’ère médiévale.
La protohistoire du Nord : La fin des mythes coloniaux
Longtemps perçue comme une terre de passage en attente de civilisateurs extérieurs, la région septentrionale du Maroc dévoile désormais une toute autre réalité. Les travaux récents prouvent l’existence de sociétés sédentaires complexes bien avant les premiers contacts avec les marchands phéniciens ou les légions romaines.
Kach Kouch : L’agriculture n’a pas attendu les Phéniciens
Sur le site de Kach Kouch, situé dans la province de Tétouan près d’Oued Laou, les archéologues ont confirmé l’existence du premier village protohistorique du Maghreb. Les fouilles, menées notamment par l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine (INSAP), ont révélé une occupation structurée remontant à l’Âge du Bronze, balayant définitivement le mythe selon lequel l’agriculture et la sédentarisation auraient été importées par les Phéniciens. Les vestiges d’habitations circulaires en torchis et de bâtiments rectangulaires sur soubassements de pierre témoignent d’une organisation spatiale réfléchie. Plus significatif encore, la présence de silos de stockage et d’outils agricoles atteste d’une maîtrise avancée de l’agropastoralisme, avec la culture de céréales et de légumineuses. La découverte d’un fragment de bronze étamé, daté du début du premier millénaire avant notre ère, suggère également une métallurgie locale ou des réseaux d’échanges sophistiqués, bien antérieurs aux comptoirs étrangers. Cette autonomie technique et économique ancre profondément les racines autochtones dans l’histoire du Maroc.
Tanger et l’Ibérie : Une communauté de destins atlantiques
Dans la péninsule tingitane, les recherches se sont concentrées sur des pratiques rituelles vieilles de 4000 ans, révélant une complexité spirituelle insoupçonnée. La mise au jour de nécropoles et de mégalithes, notamment autour du site emblématique de Mzoura, met en lumière des rites funéraires élaborés qui n’ont rien à envier aux cultures européennes contemporaines. Ces monuments de pierre, véritables marqueurs territoriaux, indiquent une société hiérarchisée capable de mobiliser des ressources importantes pour honorer ses morts. Les similitudes frappantes avec les structures ibériques de la même époque confirment que le Détroit de Gibraltar n’était pas une barrière, mais un pont. Ces échanges intenses, culturels et sans doute génétiques, dessinent une communauté de destin atlantique et méditerranéenne où le Nord du Maroc jouait un rôle de partenaire actif et non de simple périphérie, enrichissant ainsi la compréhension globale de l’histoire du Maroc antique.
Sijilmassa : La métropole du désert livre ses secrets
Cité mythique du commerce transsaharien, Sijilmassa, enfouie sous les sables du Tafilalet, a fait l’objet de fouilles d’une ampleur sans précédent qui restituent sa grandeur passée et sa centralité politique.
Le cœur religieux et économique de l’Occident islamique
Les équipes d’archéologues ont exhumé les fondations d’un complexe religieux monumental, identifié comme la plus ancienne mosquée médiévale du Maroc connue à ce jour, fondée dès le IXe siècle. D’une superficie de plus de 2600 mètres carrés, cet édifice témoigne de la puissance démographique et spirituelle de la ville à l’époque des émirs midrarides. Cette découverte renforce le statut de la cité au sein de l’Occident islamique. Parallèlement à cette découverte architecturale, la mise au jour d’un atelier monétaire constitue une preuve matérielle majeure de la souveraineté économique de la cité. La découverte de moules en céramique, encore imprégnés de résidus d’or, confirme que Sijilmassa n’était pas seulement un lieu de transit pour le métal précieux, mais un centre de production où l’on frappait le dinar, devise forte irriguant toute la Méditerranée médiévale.
Une continuité habitée jusqu’aux Alaouites
Contrairement à l’idée d’un abandon brutal, les fouilles ont démontré une résilience urbaine remarquable. Un quartier résidentiel complet datant du XVIIIe siècle a été dégagé, offrant une vision intacte de l’urbanisme et de la vie quotidienne sous la dynastie alaouite. Ces maisons, organisées autour de patios centraux, livrent une quantité importante de matériel domestique qui permet de reconstituer les modes de vie des populations locales. Cette continuité d’occupation prouve que Sijilmassa est restée un pôle urbain structurant pour l’histoire du Maroc bien au-delà de son apogée médiéval, assurant une transition entre les grandes routes caravanières et l’administration moderne du territoire.
L’Antiquité et les origines : Syncrétisme et Génétique
L’année 2025 a également apporté son lot de révélations sur les interactions entre les populations locales et les puissances antiques, ainsi que sur les origines biologiques des peuples nord-africains.
Volubilis : Rome sous surveillance, Rome partagée
Aux abords de la célèbre cité de Volubilis, les chercheurs ont identifié un dispositif militaire inédit composé de tours de guet, destinées à sécuriser la zone agricole et à surveiller les mouvements aux frontières de la province romaine. Mais la découverte la plus marquante reste celle d’un vaste tumulus funéraire, monument typique de la tradition indigène, érigé à proximité immédiate de la ville romanisée. Cette coexistence spatiale de l’architecture impériale et des rites ancestraux illustre parfaitement le syncrétisme qui caractérisait l’histoire du Maroc antique. Elle rappelle que la romanisation n’a pas effacé l’identité locale, mais qu’elle s’est superposée à un substrat culturel berbère vivace, créant une société mixte et originale.
L’ADN parle : Le Maroc, réservoir démographique antique
Enfin, la science a ouvert une fenêtre fascinante sur les origines lointaines du peuplement maghrébin. Une étude paléogénétique réalisée sur un individu égyptien datant de 4600 ans a révélé que près de 80% de son patrimoine génétique provenait du Néolithique marocain. Ce résultat spectaculaire place le territoire actuel du Maroc comme un réservoir démographique majeur pour l’Afrique du Nord dès la fin de la Préhistoire. Il suggère des mouvements de population d’Ouest en Est, inversant les schémas de diffusion classiques et repositionnant le Maghreb occidental au cœur de la dynamique civilisationnelle méditerranéenne. Cette donnée biologique vient cimenter, de manière irréfutable, l’ancrage millénaire des populations dans l’histoire du Maroc.

