Agadir célèbre ses 20 ans en hiver

La 20e édition du festival Timitar s’est tenue à Agadir du 17 au 19 décembre 2025. Cet événement, marqué par deux décennies d’existence, a opéré un changement stratégique majeur en délaissant sa période estivale habituelle pour une programmation hivernale. Sous la direction artistique de Brahim El Mazned, cette édition anniversaire a réaffirmé son positionnement : les signes et la culture amazighs accueillant les musiques du monde. L’événement a transformé la capitale du Souss-Massa en un carrefour d’échanges artistiques et économiques, confirmant la maturité d’un festival désormais incontournable sur l’échiquier culturel africain.

Une 20e édition historique au cœur de l’hiver

Le choix des dates, du 17 au 19 décembre 2025, constitue la rupture majeure de cette édition. Historiquement organisé en juillet, le festival Timitar a testé une nouvelle temporalité, répondant à des impératifs logistiques et stratégiques liés au calendrier culturel national.

Le pari stratégique de décembre

Organiser un festival de cette envergure en fin d’année relève du défi logistique. Les organisateurs ont capitalisé sur le climat tempéré d’Agadir pour proposer une expérience différente, en complémentarité avec l’offre balnéaire de la station voisine de Taghazout. Ce glissement calendaire a permis de capter un public plus spécifique, composé de mélomanes et de professionnels du secteur culturel, tout en maintenant une forte affluence locale.

La célébration des 20 ans marque également un tournant institutionnel. L’événement ne se limite plus à une série de concerts ; à l’instar de Visa for Music, il s’agit d’une plateforme de validation pour les artistes régionaux. La pérennité du festival, maintenue malgré les aléas économiques mondiaux, démontre la résilience de son modèle organisationnel, soutenu par les autorités locales et les parrains institutionnels de la région Souss-Massa.

La Place Al Amal en effervescence

Le dispositif scénique est resté fidèle à l’ADN urbain de l’événement. La Place Al Amal, épicentre du festival, a accueilli la grande scène, capable de recevoir des dizaines de milliers de spectateurs. En parallèle, le Théâtre de Verdure a offert un cadre plus intimiste, propice aux écoutes attentives et aux performances acoustiques.

La gestion des flux sur la Place Al Amal a nécessité un dispositif de sécurité renforcé, adapté aux normes internationales des grands rassemblements publics. Les équipes techniques ont déployé des infrastructures sonores et lumineuses de dernière génération, garantissant une qualité d’écoute optimale malgré la configuration ouverte de l’espace. La circulation entre les différentes scènes a été fluidifiée pour permettre au public de naviguer entre les têtes d’affiche internationales et les troupes traditionnelles locales.

Programmation : l’art amazigh en dialogue avec le monde

La ligne éditoriale du festival Timitar repose sur un équilibre précis : 50 % de programmation dédiée aux artistes amazighs et 50 % ouverte aux musiques du monde et contemporaines. Cette structure garantit la valorisation du patrimoine immatériel local tout en l’insérant dans une modernité globale.

La vision de Brahim El Mazned

Brahim El Mazned, directeur artistique de l’événement, a conçu cette 20e édition comme un manifeste de la diversité. Sa programmation évite la juxtaposition simple des genres pour favoriser le dialogue. L’objectif affiché est de sortir le folklore de sa dimension muséale pour en faire une matière vivante, essentielle pour pérenniser l’art de vivre amazigh auprès des jeunes générations.

Cette vision se traduit par une sélection rigoureuse des troupes d’Ahwach. Ces ensembles ne servent pas de simple décorum ; ils ouvrent et structurent les soirées, imposant leur rythmique et leur poésie comme le socle de l’événement. Le directeur artistique insiste sur la professionnalisation de ces artistes traditionnels, leur offrant des conditions techniques identiques aux stars internationales invitées.

Temps forts artistiques

L’édition 2025 a été marquée par des collaborations inédites, illustrant concrètement le thème de la fusion. Le projet associant Ahwach Bnat Louz au groupe Raskas figure parmi les réussites notables, comme le souligne la presse nationale. Cette performance a confronté les polyrythmies traditionnelles du Souss aux sonorités actuelles, créant une œuvre hybride saluée par la critique.

Au-delà des fusions, le festival a accueilli des figures emblématiques de la scène africaine et moyen-orientale, renforçant l’axe Sud-Sud. Les concerts de clôture ont particulièrement mobilisé la foule, prolongeant les festivités tard dans la nuit gadirie. La programmation a également fait la part belle aux « Rways », maîtres poètes et musiciens itinérants, dont les textes chroniquent les mutations sociales du Maroc contemporain. Le festival Timitar agit ici comme un conservatoire à ciel ouvert, documentant et diffusant un répertoire oral en constante évolution.

Impact économique et dynamique territoriale

L’impact du festival dépasse le strict cadre culturel. Il constitue un moteur économique pour la ville d’Agadir et la région Souss-Massa, particulièrement dans une période creuse comme le mois de décembre.

Agadir, plateforme culturelle majeure

La tenue du festival en décembre a généré des retombées directes pour le secteur de l’hôtellerie et de la restauration. Les taux d’occupation ont enregistré une hausse significative durant la semaine de l’événement. Les prestataires techniques locaux, les sociétés de transport et les commerces de proximité bénéficient également de l’afflux des festivaliers.

Sur le plan de l’image, Timitar consolide le statut d’Agadir comme métropole culturelle et non plus seulement balnéaire. L’événement attire des médias nationaux et internationaux, offrant une visibilité médiatique au territoire. Il s’inscrit dans la stratégie de développement régional qui vise à diversifier l’offre touristique via les industries créatives. Le festival Timitar démontre ainsi la capacité de la région à produire et gérer des événements de classe mondiale, renforçant son attractivité auprès des investisseurs et des opérateurs culturels.