Dans la région Casablanca-Settat, une génération se lève avec une conviction nette : la culture n’est pas un luxe, mais un levier de transformation. Plus de 90 % des jeunes y voient aujourd’hui une voie de développement personnel et collectif. À Bouznika, où a été présentée une enquête régionale lors de la troisième rencontre dédiée à l’inclusion des jeunes par la culture, leurs attentes, leurs ambitions et leurs frustrations ont enfin trouvé un espace d’expression. Dans une région traversée par de puissantes dynamiques économiques, la culture apparaît désormais comme un terrain où les jeunesses marocaines cherchent recomposition, reconnaissance et avenir.
Une aspiration culturelle forte chez les jeunes de Casablanca-Settat
Les résultats marquants de l’étude régionale
Au cœur de cette prise de conscience se trouve une enquête d’ampleur conduite par l’Association des études et recherches pour le développement (AERD). Présentée à Bouznika, elle met en lumière un chiffre qui résonne comme un indicateur social majeur : plus de 90 % des jeunes de Casablanca-Settat considèrent la culture comme un levier essentiel de développement personnel et régional.
Ce taux écrasant ne traduit pas seulement une appréciation générale de la culture, mais l’émergence d’un consensus générationnel sur sa fonction structurante.
L’étude montre que les jeunes interrogés associent la culture à leur inclusion sociale, éducative et citoyenne. Elle joue, selon eux, un rôle déterminant dans leur capacité à comprendre leur environnement, à s’exprimer, à se projeter, à participer à la vie publique. La culture devient ainsi un espace de respiration, mais aussi de construction identitaire et professionnelle.
Entre participation et création : les attentes des jeunes
L’un des résultats les plus frappants de l’étude réside dans le désir d’implication active exprimé par la grande majorité des jeunes. Qu’ils se définissent comme participants occasionnels, créateurs réguliers ou promoteurs d’initiatives artistiques, ils souhaitent rompre avec une logique d’assistance et devenir des acteurs à part entière de la dynamique culturelle.
Cette aspiration se décline en demandes très concrètes :
- être associés aux décisions culturelles, au sein des collectivités et institutions ;
- accéder à des espaces d’expression, notamment dans les quartiers périphériques ou les villes intermédiaires de la région ;
- bénéficier de formations, qu’il s’agisse d’écriture, de musique, de métiers techniques ou de gestion culturelle ;
- disposer d’infrastructures modernes, adaptées aux pratiques culturelles d’aujourd’hui.
Les jeunes formulent ainsi des attentes nettes à l’égard des pouvoirs publics, des collectivités territoriales et du secteur privé. Ils ne se contentent plus d’activités occasionnelles : ils veulent co-construire, proposer, inventer. Ils souhaitent que la culture fasse pleinement partie des politiques publiques, à égalité avec l’économie, l’éducation ou le développement social. Cette volonté s’exprime dans une dynamique culturelle régionale qui dépasse désormais la simple consommation d’événements.
Le contexte régional et institutionnel
La région Casablanca-Settat : patrimoine, compétences et priorités
Casablanca-Settat est un territoire en tension permanente entre effervescence urbaine, richesse patrimoniale et fractures sociales. La région concentre des infrastructures majeures, des institutions universitaires dynamiques, un tissu entrepreneurial dense et une diversité culturelle considérable. La culture y occupe une place stratégique à plus d’un titre : attractivité touristique, industries créatives, patrimoine immatériel, renouveau artistique porté par la jeunesse.
C’est dans ce contexte que la vice-présidente du Conseil régional, Rokia Achmal, a rappelé que la jeunesse et la culture figurent désormais parmi les priorités stratégiques de la région. Elles relèvent des compétences attribuées aux régions par la loi organique 113-14, qui articule participation citoyenne, développement territorial et gouvernance locale.
L’ambition est claire : faire de la culture l’un des moteurs du développement régional, en cohérence avec les transformations économiques, technologiques et sociales du territoire.
Le cadre légal et les investissements culturels
La région dispose pour la période 2021-2025 d’un Programme de développement régional (PDR) doté d’un budget global de 1,695 milliard de dirhams. Ce programme intègre des actions majeures en matière d’infrastructures culturelles, d’accompagnement des jeunes et de mise à niveau des équipements.
Les attentes des jeunes — modernisation des espaces culturels, création de lieux dédiés, programmes de formation — s’inscrivent pleinement dans les objectifs institutionnels annoncés. Mais un écart persiste entre les ambitions affichées et l’appropriation réelle des politiques publiques par les jeunes, encore trop souvent tenus à l’écart des processus décisionnels.
L’un des points d’ombre soulevés par plusieurs intervenants concerne la faible participation des jeunes à la construction des politiques liées aux industries culturelles et créatives, notamment dans les secteurs où la créativité, l’artisanat d’excellence et l’innovation peuvent converger.
Culture, jeunesse et développement : enjeux et leviers
Culture comme instrument d’inclusion sociale, éducative et citoyenne
À travers les réponses recueillies, la culture apparaît comme un outil transversal permettant de rassembler ce que la société fragmente souvent : les parcours scolaires, les expériences numériques, les engagements associatifs, les appartenances territoriales.
La culture devient espace de médiation, lieu de rencontre, vecteur d’égalité des chances. Elle permet :
- de réduire les écarts entre centre et périphéries ;
- de valoriser les talents émergents ;
- de renforcer le sentiment d’appartenance ;
- de favoriser la participation citoyenne.
Pour beaucoup de jeunes, la culture représente aussi un langage commun où se rejoignent les héritages traditionnels, les pratiques urbaines, les univers numériques et les aspirations globales.
Les actifs mobilisés : école, numérique, entrepreneuriat culturel
L’étude met en lumière plusieurs leviers que les jeunes identifient comme indispensables pour leur inclusion culturelle :
- l’école, premier vecteur de sensibilisation et d’accès aux pratiques artistiques ;
- la famille, qui peut encourager, freiner ou réorienter les pratiques ;
- les maisons de jeunes, infrastructures essentielles mais souvent vieillissantes ;
- les plateformes numériques, désormais incontournables pour créer, diffuser, apprendre, collaborer.
Le numérique joue un rôle déterminant : il permet l’accès à des tutos, à des communautés, à des espaces de création collaboratifs. Il ouvre aussi des opportunités professionnelles dans des métiers créatifs en pleine mutation, de la vidéo au design, en passant par la musique digitale.
Vers une intégration effective de la culture dans le projet des jeunes
Obstacles et défis à surmonter
Si la région Casablanca-Settat dispose d’atouts majeurs, les défis restent importants. Les jeunes interrogés pointent notamment :
- le manque d’espaces culturels accessibles et adaptés ;
- la difficulté à obtenir des financements pour des projets artistiques ;
- l’insuffisante coordination entre les acteurs publics, privés et associatifs ;
- l’absence de passerelles entre formation, entrepreneuriat créatif et emploi.
La montée en puissance de l’économie orange exige une structure plus claire, un accompagnement soutenu et une participation réelle des jeunes à l’élaboration des politiques sectorielles.
Pistes d’action et opportunités pour les jeunes dans la région
Plusieurs pistes émergent :
- renforcer les instances participatives régionales, en y intégrant des jeunes issus de disciplines variées ;
- moderniser les maisons de jeunes, les doter de studios, d’espaces de répétition, de laboratoires numériques ;
- développer des programmes de formation en gestion culturelle, médiation, métiers techniques, production ;
- soutenir les projets créatifs jeunes, via des fonds régionaux, des résidences artistiques, des partenariats public-privé ;
- mieux relier culture et innovation, notamment dans les écoles, universités et incubateurs.
Car si les jeunes affirment être prêts à jouer un rôle moteur — création d’associations, sensibilisation, participation à des projets innovants — ils ont besoin d’un cadre institutionnel stable et d’une reconnaissance réelle de leur expertise.

