Salon de l’art contemporain émergent à Casablanca

Depuis le 4 novembre, la Villa des Arts de Casablanca accueille de nouveau le Salon national de l’art contemporain émergent, un rendez-vous désormais incontournable pour la jeune création marocaine. En quelques années, l’événement a pris une ampleur considérable : plus de 40 artistes sélectionnés, des dizaines d’ateliers, des résidences africaines, un prix dédié et une ambition affirmée de professionnaliser la nouvelle génération d’artistes. Porté par l’association Basma et soutenu par la Fondation Al Mada, ce salon s’impose comme une pièce maîtresse de l’écosystème culturel contemporain au Maroc.

Un rendez-vous qui structure la scène émergente

Casablanca, nouveau centre de gravité

La première édition du salon avait déjà transformé la Villa des Arts en véritable laboratoire de création. L’objectif était clair : offrir aux jeunes talents ce tremplin qui manquait entre les études artistiques et l’accès aux galeries. Cette volonté s’est affirmée au fil des éditions : rendre accessible un espace longtemps perçu comme élitiste, attirer un public large et réancrer Casablanca dans la cartographie de l’art contemporain marocain, rôle qu’elle occupait déjà à l’époque de l’École de Casablanca.

Un salon pensé comme une plateforme complète

Depuis sa création, l’événement ne se limite pas à une exposition. Il réunit formation artistique, mentorat, médiation culturelle, rencontres professionnelles et résidences. Les visites guidées, conférences et ateliers ouverts participent à démocratiser l’accès à la création contemporaine et à rapprocher le grand public d’artistes en plein essor.

Un programme plus riche et plus ouvert

Une sélection exigeante et plurielle

L’édition 2025 a attiré près de 200 candidatures, dont seulement quarante artistes ont été retenus par un comité de sélection indépendant. La diversité des profils — diplômés des Beaux-Arts, designers, architectes, autodidactes — reflète la vitalité de la scène actuelle.

Plusieurs artistes incarnent particulièrement cette effervescence.

  • Yasmine Majdi explore les objets du quotidien avec des compositions poétiques d’une grande sensibilité.
  • Yanis Ratbi superpose paysages et fragments visuels pour interroger les frontières culturelles et géographiques.
  • Sirine Kebdani compose des œuvres satiriques qui détournent l’imagerie populaire et les proverbes pour interroger notre rapport à l’écran et à l’esprit critique.

Cette dynamique confirme la nécessité d’accompagner une nouvelle génération d’artistes marocains contemporains et de leur offrir une plateforme à la hauteur de leurs ambitions.

Un foisonnement d’ateliers et de masterclasses

Les salles de la Villa des Arts deviennent des terrains d’expérimentation : installations immersives, calligraphies sur bois, collages éclatants, photographie documentaire, peinture de recherche ou sculpture contemporaine.
L’édition 2025 propose onze ateliers ouverts au public, six masterclasses destinées aux jeunes artistes, ainsi que plusieurs conférences sur les pratiques actuelles. Ce programme complet vise à renforcer les compétences professionnelles des créateurs et à encourager la rencontre entre artistes, curateurs et galeristes.

Un ancrage africain affirmé

Une résidence panafricaine au cœur de l’édition

Grande nouveauté : l’accueil d’artistes venus d’Afrique de l’Ouest au sein d’une résidence de création. Les œuvres qui en émergent abordent des enjeux environnementaux, urbains ou sociaux.

Parmi eux, plusieurs démarches se distinguent :

  • Mariam Niaré (Mali), qui interroge la prolifération des plastiques dans les paysages urbains.
  • Xaadim Mbow (Sénégal), qui travaille sur la disparition des terres agricoles au profit de projets immobiliers.
  • Théophany Adoh (Côte d’Ivoire), qui dépeint la fragilité des communautés de pêcheurs face à l’érosion côtière.

Cette ouverture africaine inscrit le Salon dans une circulation plus large des idées et des récits visuels.

Un dévoilement symbolique

Les œuvres issues de cette résidence seront présentées lors du lancement de la Coupe d’Afrique des Nations, une occasion idéale pour croiser disciplines, publics et dynamiques culturelles.

Un prix pour révéler les talents de demain

Le prix Al Mada-Émergence

Le prix « Émergence », soutenu par la Fondation Al Mada, récompense trois artistes sélectionnés pendant l’exposition. Il s’ajoute à un paysage culturel où se multiplient les initiatives visant à reconnaître les jeunes talents et s’insère pleinement dans l’actualité culturelle marocaine.
Ce prix permet aux lauréats d’accéder à une visibilité renforcée, à une exposition dédiée et à un accompagnement professionnel.

Un levier de professionnalisation

Ce soutien concret participe à faire émerger des signatures fortes et à consolider des trajectoires souvent fragiles. Pour de nombreux artistes, il s’agit d’un tremplin vers le marché, les résidences et les réseaux curatoriaux.

Le Salon dans la Vision Maroc 2030

Une politique culturelle centrée sur la jeunesse

L’événement s’inscrit pleinement dans la Vision Maroc 2030, qui place la culture au cœur du développement humain. L’accent mis sur la formation, la médiation et l’inclusion reflète cette orientation nationale : faire de l’art contemporain un domaine partagé et accessible.

Une dynamique de soft power

En mettant en avant la création artistique made in Morocco et en s’ouvrant à l’Afrique, Casablanca renforce son rôle de capitale culturelle régionale. Le Salon contribue ainsi à l’affirmation d’un soft power fondé sur l’innovation et la diversité.

Un espace où l’art contemporain devient un langage partagé

En quelques années, le Salon national de l’art contemporain émergent est devenu un lieu où se tissent des parcours, se révèlent des regards et se construit un dialogue ouvert sur l’Afrique et le monde. Cette deuxième édition confirme l’ambition de l’événement : offrir aux jeunes artistes un cadre d’apprentissage, de rencontre et d’expérimentation — une véritable rampe de lancement pour celles et ceux qui portent l’avenir de la création contemporaine.